a) Introduction.
Les grottes
de Neptune (Pétigny-Couvin) et le Fondri des chiens (Nismes) se trouvent
dans une région de Belgique appelée la Calestienne .
La Calestienne est une région étroite intercalée entre
la Fagne-Famenne au Nord et l'Ardenne au Sud.
Elle est caractérisée par la présence dans son sous-sol
de roches calcaires mises en place dans les mers chaudes de l'ère primaire
(au dévonien moyen c'est à dire il y a 370 millions d'années).
Elle s'étend sur 130 kilomètres depuis Trélon (France)
jusqu'à Louveigné en passant par Chimay, Givet, Han-sur-Lesse,
Rochefort, Barvaux, Remouchamps.
L'origine du mot Calestienne est souvent attribuée au toponyme "
tienne ". Les tiennes sont des collines calcaires autrefois tapissées
de pelouses sèches sur lesquelles les moutons pâturaient.
En fait ce terme dérive du wallon " calistiène " provenant
de l'allemand " kalkstein " (pierre calcaire = pierre à chaux).
La Calestienne présente des paysages beaucoup plus variés que
l'Ardenne forestière située au Sud ou la Fagne-Famenne schisteuse,
dépression humide et bocagère, située au Nord.
La végétation y est très diversifiée : (bocage
: région où prairies et champs sont séparés par
des talusoù poussent des haies.)
Les calcaires
dévoniens sont très résistants mais susceptibles d'une
pénétration verticale profonde de l'eau. Ils sont caractérisés
par des phénomènes karstiques importants (Karst = région
calcaire de Yougoslavie où les roches solubles sont abondantes). Les
grottes de Han-sur-Lesse, Remouchamps, Hotton, etc. se trouvent dans ces calcaires.
Dans la région de Nismes, le relief reflète bien la géologie : alternance de dépressions (schistes tendres et imperméables) et de crêtes (calcaires résistants à l'érosion ; l'eau y pénètre à la faveur de nombreuses fissures).
Lorsque
les premières rivières actuelles, comme l'Eau Noire, se sont
établies, elles ont traversé des roches meubles déposées
par la mer (il y a entre 65 et 25 millions d'années). Au cours du creusement
de leur vallée, ces rivières ont fini par atteindre les roches
dures de l'ère primaire dans lesquelles elles ont continué à
s'enfoncer.
Trois étages du dévonien (couvinien, givétien et frasnien)
ont été définis.
Dans ces calcaires, parmi les phénomènes karstiques, les fondris
(fondrys) ou abannets sont uniques. Ce dernier terme signifie que le bétail
est à bannir (écarter) car risques de chute !
La taille de ces dépressions naturelles, résultat de l'érosion chimique du calcaire par les eaux souterraines, peut atteindre 200 m de diamètre en surface et 50 m en profondeur. Beaucoup ont une forme conique (Matricolo), d'autres sont plus allongées comme le fondri des chiens.
Ces vastes et profondes cavités ont fourni du minerai de fer en quantité depuis la haute antiquité.
L'entre-Sambre-et-Meuse est un des berceaux de la métallurgie belge (le terme de fondri vient de fonderie). Les gisements de fer d'excellente qualité sont nombreux, peu profonds et voisins du combustible càd le charbon de bois, fourni par les forêts de Fagne et d'Ardenne (déjà au temps des gaulois le minerai était traité sur place dans des bas fourneaux à bois).

Au cours des siècles, non seulement le minerai des fondris était traité, mais même, grâce aux progrès techniques, les " crayats de sarrassins" (dépôts de scories datant de l'antiquité).
Du 16ème
au début du 19ème siècle, la région est un centre
de l'industrie du fer. Les forges alimentent les fabriques de canon et la
fonte se vend en Flandre, en Brabant et en France par chariot puis par les
premiers chemins de fer (qui nécessitent du métal pour leur
réalisation). Le chemin de fer permet le transport vers le bassin de
Charleroi où les fourneaux fonctionnent maintenant à la houille.
Vers 1838, beaucoup de minières cessent toute activité (surproduction
et retard dans le tracé des chemins de fer).
Aux abords des fondris, les amas de scories disparaissent, récupérés
en raison de leur teneur encore élevée en fer.
L'introduction de nouveaux minerais (minette du Luxembourg) est fatale à l'industrie régionale qui s'éteint peu après 1872).
A Nismes, le travail du bois a relayé l'industrie du fer. Le haut
fourneau, situé au fond du parc du château Licot, fut transformé
en scierie et la fabrication de sabots devient une spécialité
locale. L'apogée de cette industrie est atteinte pendant l'entre-deux-guerres
avec 6 saboteries mécaniques.
Le mot sabotage proviendrait de sabot : les petits sabotiers ont détruit
les premières saboteries (coût de revient << manuel . Attention
: ceci = explication à l'écomusée :en réalité,
quand Jacquart à Lyon a fabriqué les premiers métiers
à tisser, les ouvriers ont jeté leurs sabots dans les machines
en bois et les ont ainsi détruites d'où le mot sabotage !
Les garages, en Bordure de l'Eau Noire, sont les petits ateliers des artisans chassés des forêts par les gardes forestiers.
b) Le fondri (fondry) des chiens. Réserve naturelle.
Par le jeu
de l'eau et du vent pendant des millions d'années, un énorme
gouffre (atteignant parfois 20 mètres de profondeur) s'est formé
dans la pierre calcaire.
Aux alentours,
on peut observer une belle étendue de pelouses calcaires.
Elles occupent un sol relativement peu profond qui s'assèche facilement
et se réchauffe facilement grâce à sa perméabilité
et à la couleur claire de la roche calcaire.
Dès le printemps, la température au niveau du sol peut atteindre 40°C ce qui explique le développement de nombreuses espèces de plantes d'origine méridionale ou continentale (il y a fréquemment 40 à 50 espèces de plantes à fleurs par are). Citons :
c) Le Matricolo.
Le Matricolo (de Mathieu Colot, ancien maître mineur) est un des plus
vastes fondris.
Cette énorme cavité se situe au-dessus du trajet supposé
de l'Eau Noire souterraine. Elle présente une forme d'entonnoir de
100 m de diamètre en surface.
Son ampleur rend compte de l'intensité de la dissolution du calcaire
givétien par les eaux d'infiltration sous la couverture de sables à
l'ère tertiaire.
Le minerai de fer qu'elle contenait a été principalement exploité
au 19ème siècle. Il était traité dans le haut
fourneau Licot de Nismes, éteint en 1865.
Le fond de la dépression est maintenant recouvert d'un sol argileux
rougeâtre et les versants ont été plantés d'épicéas.
d) La roche trouée. Réserve naturelle.
Un grand trou béant caractérise cet éperon rocheux.
Ce trou qui perce la crête de calcaire couvinien est un ancien conduit
souterrain. Il se situe une dizaine de mètres au-dessus du lit du ruisseau
Saint-Joseph, affluent de l'Eau Noire.
L'eau et le vent ont formé dans le calcaire d'innombrables grottes
et cavernes dans lesquelles nos lointains ancêtres ont trouvé
refuge. Certaines d'entre elles ont livré des objets dont certains
datent du Paléolithique supérieur (il y a 20.000 à 40.000
ans).
Plus au sud, on a découvert une sépulture commune du Néolithique
(elle date d'environ 4.000 ans).
Le trou lui-même est difficilement accessible mais d'autres orifices
de cavités peuvent être observés si l'on choisit de suivre
le sentier qui grimpe au sommet de l'affleurement rocheux ( 20 min. sur les
tapis de pelouses calcaires et à travers les fourrés masquant
de petites minières abandonnées).
Aujourd'hui, les grottes offrent un site d'hibernation aux chauve-souris.Tout autour, les pelouses calcaires sont des oasis pour de nombreuses espèces animales et végétales.
(d'après Yves QUINIF, 1986)
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A l'ère tertiaire, la mer (1) envahit la région et des sables se déposent au fond (2). Ils recouvrent les calcaires dévoniens qui, après avoir été plissés en d'importantes montagnes à la fin de l'ère primaire, ont été aplanis essentiellement durant le début de l'ère secondaire (3). |
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Les dépressions commencent à se former après le
dernier retrait de la mer. Des climats tropicaux apportent alors chaleur
et pluies abondantes (4) permettant le développement d'une végétation
luxuriante (5) sur le nouveau continent. L'infiltration, dans les sables
du sous-sol (6), des eaux de pluie acidifiées par le gaz carbonique
(C02) du sol entraîne la dissolution des calcaires du socle sous-jacent
(7) mais aussi le lessivage du Fe de certains minéraux, comme la
glauconie, contenus dans les sables. Ce fer dissout se dépose ensuite au contact du calcaire, sur le fond des dépressions en cours de formation (8). Celles-ci se localisent aux endroits où des zones de faiblesse de la roche (nombreuses fissures, calcaire plus soluble, ..) permettent une pénétration verticale de plus grandes quantités d'eau dans le calcaire (12) favorisant ainsi un approfondissement de la dépression grâce à une plus grande dissolution. |
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Sous la couverture de sables tertiaires s'élaborent ainsi une série de dépressions au fond tapissé de minerai de fer (limonite) (9), hérissées de pitons calcaires (11) et séparées par des parois ou des zones moins altérées (10). |
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Depuis l'aube de l'ère quaternaire, il y a environ 2 millions d'années, les conditions climatiques se dégradent très fort. Les sables sont érodés et les calcaires exposés à l'air libre (13) se transforment en collines. Seuls les creux calcaires gardent les sables (14). |
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L'homme vide les poches contenant le fer et laisse ces grandes dépressions à ciel ouvert (15). Certaines cavités sont encore comblées. |
Le fondri des chiens est le plus spectaculaire des fondris. On peut suivre
le contour fort irrégulier de la dépression qui présente
des piliers calcaires dressés ou effondrés.
Le calcaire givétien ne montre pas ici de couches superposées
, il correspond à un récif corallien qui a été
édifié en forme de dôme. Les organismes constructeurs
sont visibles sur les parois où ils apparaissent en relief car ils
sont moins solubles que la roche enveloppante. Les stromatopores par ex. ont
un aspect zonaire caractéristique de lames calcaires. Les traces de
l'érosion chimique du calcaire peuvent aussi être observées
: cannelures, rigoles verticales et nombreuses niches. L'entrée d'une
petite grotte se trouve à droite en descendant le chemin d'accès.
Le minerai de fer de ce fondri a été extrait dès l'époque
romaine et traité au pied du versant S-0 exposé aux vents dominants.
Athénée des
PAGODES - rue de Beyseghem, 141 - 1120 Bruxelles
T : 02.266.11.50 par E-mail
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