Cinéma et BD

A Kalkara, à quelques kilomètres de La Valette, à deux pas d'un immense bassin rempli d'eau, gît un drôle de sous-marin rouillé, échoué sur les cailloux comme après une grosse tempête. De fait, ce sous-marin a bel et bien essuyé une grosse tempête, puisqu'il a joué les vedettes du film U571, sorti en 2000, racontant l'aventure de l'équipe d'un sous-marin américain pendant la seconde guerre mondiale.

Les studios de Kalkara ont une particularité : ils abritent deux immenses bassins extérieurs spécialement construits pour tourner des scènes aquatiques. Le premier, de 122 mètres de long, peut accueillir des maquettes de bateaux grandeur nature. Quant au second, ses 43 millions de litres, ses 108 mètres de diamètre et, surtout, ses 11 mètres de profondeur le réservent plus particulièrement aux scènes sous-marines.

Jusqu'en 1997, ces bassins étaient selon leurs promoteurs les plus grands du monde, mais, pour les besoins de Titanic, James Cameron a fait construire une infrastructure plus grande encore à Mexico...

Difficile d'imaginer sous le soleil de plomb maltais que, plusieurs fois par an, des tempêtes, des orages, des pluies diluviennes, des vagues destructrices, voire des batailles navales sont créés de toutes pièces pour satisfaire aux desiderata des réalisateurs.

Pourtant, outre U571, les bassins peuvent s'enorgueillir d'avoir englouti dans leurs eaux entre autres le comte de Monte-Cristo, Christophe Colomb ou encore Astérix et Obélix pour Mission Cléopâtre. Les publicitaires aussi font appel aux studios, notamment Levi's, ou plus récemment Coca-Cola ou Pirelli.

Grâce à la présence de ces studios, créés dans les années 1960 par Jim Hole, un Anglais spécialiste des effets spéciaux, et aujourd'hui propriété d'un homme d'affaires allemand, Malte a réussi à s'offrir un certain renom en tant que lieu de tournage. Le touriste cinéphile y retrouvera les traces de Midnight Express (tourné dans la capitale, La Valette), du Popeye de Robert Altman, dont les décors sont devenus un parc d'attractions, ou encore du Gladiator de Ridley Scott, filmé dans un fort du XVIIe siècle à quelques encablures des Mediterranean Film Studios.

"Si Malte offre une infrastructure et des décors intéressants pour des productions, l'île a cependant longtemps souffert d'une mauvaise réputation, tempère Cornelia Schellmann. Les Maltais ont le sens du business, mais à court terme. Ils n'hésitent pas à demander des tarifs élevés qui ne sont pas forcément à la hauteur des prestations. Mais nous essayons de faire évoluer les mentalités. D'autre part, nous avons un problème de formation : il n'existe aucune école de cinéma sur l'île, et nous ne pouvons fournir d'équipes pointues, avec des chefs opérateurs ou des directeurs de production. En revanche, nous avons d'excellents artisans, qui connaissent bien cette industrie."

Après que l'île eut accueilli les deux grosses productions que sont U571 et Gladiator, le gouvernement maltais a décidé, fin 1999, de créer la Malta Film Commission. Son rôle : promouvoir l'archipel auprès des producteurs étrangers. "En 2001, treize films ont été tournés, ce qui a rapporté 15 millions de dollars à Malte. Pour 2002, dix-huit films sont prévus, générant 40 millions de dollars de revenus", précise Winston Azzopardi, à la tête de cette commission. Quant à l'année prochaine, elle se présenterait sous de bons auspices : selon la rumeur qui agite le petit milieu du cinéma maltais, Ridley Scott serait peut-être de retour sur l'île pour y tourner son prochain film.

Le mécanisme à croix de Malte

Un mouvement saccadé

Le défilement du film dans un projecteur n'est pas régulier. Chaque image qui parvient devant la fenêtre de projection doit s'arrêter un bref instant sous le feu de la lampe, avant de repartir. Le film a donc un mouvement intermittent.

Mécaniquement, la mise au point d'un système capable d'assurer ce mouvement se révéla comme l'un des points cruciaux de l'origine du cinéma. De nombreux brevets furent déposés mais il n'en demeure qu'un aujourd'hui celui dit du "mécanisme à croix de Malte".
Ce mécanisme extrêmement ingénieux résout le problème de la traction du film.

La croix de Malte est formée de deux pièces: l'une cylindrique est entraînée par le moteur du projecteur; l'autre en forme de croix engaine le film. Côté cylindre, le mouvement est continu; côté croix, le mouvement est intermittent.

Lorsque l'ergot du cylindre entre dans l'une des fentes de la croix, il entraîne celle-ci dans une rotation d'un quart de tour; le film avance alors d'une image. Lorsqu'il sort de la croix, une pièce soudée sur le cylindre vient s'appuyer contre un flanc de la croix pour assurer une parfaite stabilité.

Parmi les atouts de ce mécanisme, notons que le mouvement que la croix fait subir au film est progressif (d'abord assez lent, va en accélérant, puis en décélérant), le film -matériau fragile- ne risque donc pas de casser.

L'obturateur

L'illusion du mouvement naît d'une succession d'images fixes, séparées par des intermèdes noirs. Le projecteur doit donc assurer le noir entre deux images. Ce rôle revient à l'obturateur, un volet qui tourne entre la fenêtre de projection et l'objectif. L'obturateur vient boucher l'objectif pendant le changement d'images. En réalité, il vient aussi masquer chaque image au beau milieu de sa projection pour donner l'illusion d'une projection plus fluide. Avec cette astuce, le projecteur paraît fonctionner à 48 images par seconde et non à 24.

LE FAUCON MALTAIS

Si tout le monde connaît de nom le Faucon de Malte, roman de Dashiell Hammet (1930) et le Faucon maltais, film de John Huston (1941), peu savent que l'intrigue de ces deux ouvrages repose sur un fait historique qui remonte à l'installation des Chevaliers sur l'île de Malte.

En effet après la défaite en 1522 des Chevaliers à Rhodes contre Soliman le Magnifique, Charles Quint leur cède l'île de Malte (voir le concours énigmes maltaises) en 1530.

En contrepartie ces derniers doivent lui remettre chaque année lors de la Toussaint un faucon "chaperonné de soie, portant sonnettes d'or et bagué de vervelles aux armes impériales."
Cette transaction, insolite mais bien réelle, va nourrir l'imagination de Dashiell Hammett, un des maîtres du roman noir américain : voulant remercier l'Empereur, les Chevaliers lui auraient offert, à la place du volatile, un faucon d'or incrusté de pierres précieuses. Mais ce précieux objet aurait connu au cours des siècles bien des aventures. Intercepté par le célèbre pirate Barberousse, il aurait ensuite transité par la Sicile, L'Espagne, Paris etc …

A la fin du roman et du film, tous les personnages se retrouvent devant l'oiseau. Dans cette scène d'anthologie, sous l'œil ironique d'Humphrey Bogart, tous regardent le faucon en se méfiant les uns des autres avant de découvrir que le trésor n'est en réalité qu'une vulgaire statuette de plomb.

Le film de John Huston est un classique du cinéma américain des années 40 et John Huston a admirablement recrée l'atmosphère de mystère qui se dégage du roman de Dashiell Hammett.


Son film s'achève par cette réplique énigmatique de Bogart considérant le faucon :
" C'est l'étoffe dont sont tissés nos rêves. "

CORTO MALTESE

Rêver, c'est aussi devenir immortel.

Nom Maltese

Prénom Corto

à Malte

Nationalité Britannique

Né à La Valette en 1877, Corto Maltese est le fils de la très belle et célèbre Niña de Gibraltar dont Ingres a peint le portrait ("La belle Zelie") et d'un marin des Cornouailles.

Sa mère lui transmit son côté gitan : il grandit dans un milieu baigné de magie, de l'art de lire le passé et l'avenir dans les cartes ou les lignes de la main, et d'habitudes étranges héritées du temps où les Maures habitaient l'Espagne.

Son père, originaire d'une terre de pirates, de sorciers, de fées et de fantômes, lui communiqua involontairement des bribes du monde celtique à travers un mot, une gifle ou une caresse.

On connaît peu de choses de son enfance passée à Malte sinon le fait qu’il entra à 12 ans à l’école juive de La Valette.

Il passa une grande partie de son enfance et de son adolescence à dévorer des romans d'aventures comme ceux de Stevenson ou de Melville.

Un détail cependant préoccupait sa mère: Corto n'avait pas de ligne de chance."Ne te preocupes, Niña" lui répondit il un jour où elle le mettait en garde " la chance, c'est moi qui la fais". Il alla chercher le rasoir de son père et traça un profond sillon sanglant à l'endroit même de la fameuse ligne.

Puis, vers vingt ans, il partit vivre lui même les aventures qu'il n'avait fait que lire jusqu'alors.

Il fit la connaissance de nombreux personnages historiques tels que l’écrivain Jack London, Raspoutine alors déserteur de l'armée russe, l'aviateur Manfred von Richthofen connu comme le Baron Rouge, le futur Staline qui n’était encore que portier de nuit dans un hôtel, un autre baron mais fou celui là, le Russe blanc Ungern Von Sternberg, Enver Pacha un des responsables du génocide des Arméniens etc.

 

CORTO MALTESE, personnage fétiche de Hugo Pratt, est un "gentilhomme de fortune" mélange d'aventurier et de dandy romantique. Marin au long caban sombre et pantalon blanc avec pour accessoires la casquette de la Navy, le cigarillo brésilien et l'anneau à l'oreille gauche, il esquisse souvent un sourire qui oscille entre l'ironie flegmatique et l'indulgence élégante.

Corto a la solitude discrète et les colères aussi rares que ses scrupules.

Hugo Pratt a su définir la séduction de l'aventurier du XXème siècle libre d'attaches, avare de paroles et riche de souvenirs. Le génie de l'auteur a été de construire un personnage qui conserve de larges pans de mystère où le non-dit l'emporte sur l'explicite et la fantaisie sur la banale réalité historique.
Chaque lectrice ou lecteur peut laisser voguer son imagination. Dès lors commence le temps du mythe car la proposition de l'auteur est assez puissante pour que chacune ou chacun s'investisse ou se reconnaisse.

Esprit libre et énigmatique au charisme troublant, Corto suit les traces de Melville, Stevenson et Conrad. Guidé par un sens profondément ancré de l'aventure et de la justice, il parcourt le monde pour aider les faibles ou trouver la fortune, que celle-ci se manifeste en espèces sonnantes et trébuchantes ou sous les traits d'une jolie femme. Où qu'il aille, ce héros décadent rencontre action, ennuis et idylles. Son esprit vif et son ironie mordante ne plaisent pas toujours à tout le monde, mais son intelligence et son audace le tirent de tous les mauvais pas.

Ses aventures se situent dans la réalité du XXème siècle et lorsque Pratt le fera disparaître (disparaître et non mourir...) dans le cadre de la guerre d’Espagne, sa disparition coïncidera avec une profonde mutation des mentalités : la fin des libertés due à l’avènement d’un fascisme de droite en Europe et du communisme en URSS.


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M. Hamelrijckx   Novembre 2002    Athénée des Pagodes