LILLE

LA METROPOLE DU NORD

CAPITALE EUROPEENNE 2004 DE LA CULTURE

Lille, capitale des Flandres, est évoquée pour la première fois en 1006 dans une charte dans laquelle le Comte de Flandres, Baudouin V, dota Lille de la Collégiale Saint-Pierre.

Le nom de Lille provient d' " insula " (l'île), puis d'Isle. C'était en fait un point de rupture de charge sur la rivière Deule. Cette contrainte nécessitait le déchargement des bateaux jusqu'à une autre section navigable située plus en aval. De cette activité naquit un premier noyau urbain.

L'essor des relations commerciales entre les Pays-Bas, la Flandre et les foires de Champagne fut essentiel dans la naissance de Lille, développant un axe de circulation Nord-Sud. La draperie fit très vite sa réputation.

Au 15e s, Lille devient une des résidences des ducs de Bourgogne. Philippe le Bon s'y fixe à plusieurs reprises, suivi d'une cour brillante où figure le grand peintre Jean Van Eyck.

Après les guerres de religion, sous la domination espagnole, la situation se gâte. Des bandes de "gueux" dévastent la campagne.

Au 17e s, le roi d'Espagne ayant nommé sa fille Isabelle gouvernante de Flandre, s'ouvre une période appelée "siècle d'or" pour Lille. De nombreux couvents sont fondés, et la ville connaît deux agrandissements successifs.

En 1667, Louis XIV dirige en personne le siège de Lille que sa garnison espagnole rendra après seulement neuf jours. Nantie par Vauban de nouveaux remparts, Lille est comblée de faveurs par le Roi-Soleil.

Actuellement le territoire de Lille 2004 est celui de l' " Eurorégion " : Lille, la métropole lilloise, la région Nord - Pas de Calais, mais aussi la Belgique toute proche, avec de nombreux projets transfrontaliers. C'est donc un moment privilégié pour découvrir une ville baignée de ferveur et d'enthousiasme…

Avec 30% de la population ayant moins de vingt ans, Lille est une ville vivante, jeune, dynamique et tournée vers l'avenir.

A une heure de Paris, une heure quarante de Londres et trente minutes de Bruxelles…Lille s'ouvre sur un territoire à la mobilité extrême.

La ville sera la première à endosser le titre de " Capitale européenne de la culture " en France depuis Paris en 1989.

Personnages célèbres

-Charles de Gaulle ( le "Général")
-Louis Pasteur (vaccins)
-Vauban (Maréchal de France et ingénieur militaire)
-Pierre Mauroy (maire de Lille de 1973 à 2001)
-Marguerite Yourcenar (écrivain)
-Antoine Watteau et Henri Matisse (peintres)
-Raymond Devos (humoriste)
-Line Renaud, Pierre Bachelet, Isabelle Aubret (chanteurs)
-Bruno Masure (journaliste)
-etc.

Les visites incontournables


L'architecture lilloise possède un style bien particulier, hésitant entre le baroque* et le maniérisme* flamand, et ceci depuis le 17e siècle, où trois agrandissements ont donné à la ville sa silhouette d'aujourd'hui.

La Grand'Place, l'incontournable rendez-vous de tous les Lillois, porte officiellement le nom du Général de Gaulle, car le Général est né à Lille et sa maison natale est aujourd'hui transformée en musée.

 

 

Elle coupe aussi symboliquement la ville en deux parties :


 

Le Vieux Lille :

Le Palais Rihour : c'est le siège de l'Office du Tourisme. Ces vestiges d'un ancien palais du 15e s rappellent le souvenir des Ducs de Bourgogne. Commencé en 1453 par Philippe le Bon, il est terminé 20 ans plus tard par son fils Charles le Téméraire.
C'est un des rares vestiges lillois de l'architecture gothique flamboyante*, dont témoigne au rez-de-chaussée la somptueuse Salle des Gardes, et, à l'étage, l'immense Salle du Conclave, percée de niches aux armes des Ducs de Bourgogne. Le gothique flamboyant du Palais se lit dans chaque détail : arcs en accolades, pinacles qui ornent les contreforts et pignons, fenêtres hautes dont les meneaux en pierre sont de forme trilobée.

Près de la Place Rihour, la rue de la Vieille Comédie rappelle le passage en 1741 de Voltaire : il laissa jouer ici la "première " de sa pièce "Mahomet ".
La rue du Palais Rihour mène à la Grand'Place entre deux rangs de maisons représentatives du patrimoine lillois. Rang pair, elles sont presque toutes construites sur le même modèle à la fin du 17e s : parcellaires*, pignons* sur rue, répertoire décoratif savamment mis en couleur. En face, le rang impair édifié presque 50 ans plus tard (1733) témoigne déjà du classicisme* par la simplicité de ses lignes.

La Grand'Place : au cœur de la ville, c'est le rendez-vous de tous les Lillois. Entourée de très beaux monuments, elle est le grand témoin du siècle d'or lillois, où l'exubérance du décor et des couleurs donne vie aux façades qui l'entourent.

Quatre femmes la dominent.

La première, au centre, sur son socle, est La Déesse qui commémore le siège de Lille par les Autrichiens en 1792. Sa main gauche indique une inscription gravée sur le socle : la réponse courageuse du maire, refusant de rendre sa ville. La main droite tient un "boute-feu " qui sert à allumer la mèche des canons.
Cette statue fut érigée en 1845.

Les 3 autres couronnent le haut pignon à gradins de la Voix du Nord -le célèbre quotidien nordiste (1932). Ces 3 grâces dorées représentent les trois provinces de la région : l'Artois, la Flandre et le Hainaut.

Le Furet du Nord : fondé en 1936, c'est aujourd'hui la plus grande librairie d'Europe. 8000m² et 9 niveaux ! Son nom est lié à un trait d'union entre les traditions locales (la chasse aux lapins avec des furets) et la transformation d'un magasin de fourrure en librairie en 1936. En moyenne, 12 000 visiteurs viennent quotidiennement y "fureter " !

La Grand-Garde : face à la Vieille Bourse, imposante par ses escaliers.
C'était le regard du roi de France au centre de la ville, représentée par un corps de garde, alors que l'armée était logée dans la Citadelle.
C'est aussi l'introduction d'une nouvelle architecture - classique - dans une ville flamande de briques et de pierres. Elle fut construite en 1717 (actuellement Théâtre du Nord). On reconnaît dans le fronton* triangulaire le soleil de Louis XIV, et, de part et d'autre, les armoiries de France et de Lille.

Par les passages piétonniers de la Rue Neuve aux magasins élégants, et de la Rue de Béthune très commerçante, on traverse la Place Richebé pour gagner la Place de la République, où se font face la Préfecture et le Musée.

Emprunter la rue des Manneliers (fabriquants de paniers) ou la rue des sept Agaches (les 7 pies). On arrive sur la Place du Théâtre, qui offre une profusion d'architectures extraordinaires : la Vieille Bourse de 1653 fait face à un Opéra de style néo-classique, couronné d'un haut-relief (Apollon entouré de ses muses) ainsi qu'à la Chambre de Commerce (et son beffroi, 76m de haut) construite dans un style néo-flamand. L'ensemble fait face au Rang du Beauregard, ensemble de petites maisons privées, élevées sur trois niveaux et typiques de l'architecture lilloise de la fin du 17e s.

La Vieille Bourse

Sa belle façade fait l'ornement de la Place Général de Gaule, avec ses cariatides et atlantes sur deux étages, ses guirlandes et mascarons au-dessus des baies.

C'est incontestablement le plus beau monument de la ville construit de 1652 à 1653. Baroque, elle reste un symbole fastueux. Vingt-quatre petites maisons de commerce identiques adossées à une galerie entourant une cour. Sous les arcades de la cour intérieure se faisaient les transactions.

Au centre, la statue de Napoléon 1er fut érigée sous Napoléon III (avec le bronze pris à Austerlitz).

Quatre portails ornés de lions de Flandre mènent vers un petit marché de bouquinistes. Ils rappellent l'appartenance de Lille aux Pays-Bas. Un campanile couronné d'un mercure doré domine l'ensemble.

L'Opéra : un des premiers théâtres néo-classiques, édifié en 1785. Il fut incendié en 1903 et reconstruit dans le style Louis XVI.

Le beffroi de l'Hôtel de Ville : symbole de liberté des villes du Nord, le beffroi voit le jour en 1932 et depuis il domine la région de ses 104 mètres. C'est toujours un lieu de réunion, de conseil et de promotion des entreprises régionales. photo 38

La Chambre de Commerce : institution créée en 1701 par Louis XIV, elle occupa jusqu'au 19e s la Vieille Bourse, mais l'essor industriel rendit vite exigu ce bâtiment.

Le Rang de Beauregard : en 1674, dans le but d'imposer une certaine homogénéité des maisons, la ville décréta que tout plan de façade serait soumis à l'approbation de la municipalité. Ces lois (trois étages, sur une vaste cave, surmontés d'un grenier à mansarde) expliquent la surprenante uniformité des rues et des maisons entourant la Grand'Place, où seuls varient les détails d'ornementation et de couleur.
Par ses lignes sobres où domine l'élan vertical et par sa décoration discrète de cartouches à tête d'ange, de volutes, de cornes d'abondance, l'ensemble représente la synthèse du style français du 17e s et de la tradition locale. Les belles boutiques du rez-de-chaussée offrent des articles élégants ou futiles aux Lillois ou aux étrangers.
Examinez attentivement ces façades : quelques boulets de canons sont fichés là depuis 200 ans ! (siège de Lille par les Autrichiens en 1792).

Un peu plus loin, rue de la Bourse, les marchands ont choisi pour décor, en 1677, des enfants potelés. Les masques, sculptés dans la pierre au-dessus des fenêtres du 1er étage méritent qu'on les détaille : sourcils, bouches grimaçantes surmontées d'immenses moustaches taillées dans d'épais boudins de pierre. Toutes ces façades gardent encore deux siècles plus tard des cicatrices de la fameuse bataille en 1792, car on peut découvrir çà et là, des boulets de canon encastrés dans les murs de briques.

Retour vers la rue de la Grande Chaussée où un bras en fer, belle enseigne, accrochée sur le balcon de la maison d'angle (18e s) indique la direction à prendre. C'est une des plus élégantes rues de la ville. Son rôle au moyen âge était de relier le castrum à la Grand-Place, le forum..
Ici, les maisons furent pour la plupart reconstruites au 18e s, et l'étage s'orne de balcons de fer forgé, caractéristiques du raffinement des maisons bourgeoises.

On voit déjà de loin au n°3, rue des Chats Bossus, l'une des plus belles poissonnerie-restaurant de France, L'Huitrière. Entièrement décoré de carreaux de grès marbré jaune et bleu et de sublimes mosaïques marines, ce pur décor art-déco date de 1928.

Au n°23, l'ensemble de deux maisons (1644), l'une front à la rue, l'autre donnant sur un ancien canal est encore une fois un parfait exemple du double parcellaire, si fréquent dans ce quartier.

En empruntant, place Louise de Bettegnies, le petit Passage de la Treille, on peut découvrir les ponts en bois sur l'arrière des maisons enjambant l'ancien canal du cirque, aujourd'hui asséché.

Et voici l'îlot Comtesse, l'ancien castrum et le siège des comtes de Flandre.


L'îlot Comtesse : il forme un ensemble agréable de maisons datant du 17e s -début 18e s. Daniel Buren, avec sa Ronde de nuit, fait tournoyer sur l'îlot Comtesse un grand cercle décoré des fameuses bandes verticales qui sont la signature de l'artiste (Cf les célèbres colonnes au Palais Royal à Paris). La longue bande placée à 4 mètres de haut semble animée d'un mouvement infini grâce aux ampoules s'éclairant les unes après les autres.

Retour vers le centre-ville par la rue au Peterinck, bordée d'un rang de petites maisons habitées autrefois au 18e s par des tisserands. Ils occupaient le rez-de-chaussée pour le commerce, réservant l'entresol pour l'ouvrier et le métier à tisser.

La Place aux Oignons (déformation du mot "donjon ") reste une allusion à l'enceinte du 11e s, suivie par la rue des Vieux-Murs. Une petite ruelle mène de la Place à la Cathédrale.

La cathédrale Notre Dame de la Treille : depuis 1270, patronne vénérée des Lillois.

Encerclée par les ruelles du quartier de la Monnaie qui suivent les contours des anciennes fortifications, cette basilique néo-gothique, fondée en 1854 est devenue cathédrale en 1913.

La Cathédrale s'élève à l'emplacement d'une motte féodale arasée en 1846. Le premier donjon des Comtes de Flandre, suppose-t-on, a été bâti ici. Sa belle façade avec son voile de marbre translucide et la rosace de l'artiste Kijno, ainsi que le portail exceptionnel du sculpteur Georges Jeanclos, datent seulement de 1999.

Rue Esquermoise, au n°25-27, se trouve le "temple des Douceurs", le "palais des Bonbons", la pâtisserie Meert, la plus ancienne confiserie de Lille (1761). Moulures en cuivre et balcons en dentelles de fonte aident à comprendre le sens du mot "bonbonnière"*… La maison propose aujourd'hui comme spécialité la fameuse gaufre fourrée à la vanille que, selon ses propres aveux, le Général de Gaulle mangeait "avec grand plaisir". La pâtisserie était fournisseur de la Cour de notre roi Léopold 1er.

Le P'tit Quinquin : berceuse composée en 1853 par Alexandre Desrousseaux. Dix ans après sa mort, on élève à sa mémoire ce monument à l'entrée du square Foch. Le P'tit Quinquin raconte l'histoire émouvante d'une pauvre dentellière. Toute la tendresse, la douceur et le courage des femmes de Lille trouve son expression dans cette sculpture. On peut voir à gauche les broquelets sur le coussin de la dentellière et, à droite, le berceau où doit dormir l'enfant qui n'arrête pas de sangloter. La chanson a connu un succès fulgurant. A l'enterrement du poète, elle servit même de marche funèbre !


" Dors, min p'tit quiquin, min p'tit pouchin, min gros rojin,
T m'feras du chagrin, si te n'dors point qu'à d'main ".

La Citadelle (la " reine des Citadelles ") : c'est la plus importante et la mieux conservée de France.

Après la conquête du pays par Louis XIV, Vauban met en place vers 1670 le fameux "pré carré" composé d'une double ligne de 28 villes fortifiées protégeant les nouvelles frontières de Royaume de France contre les Pays-Bas espagnols.
Elle est, à l'origine, une petite cité entourée de cinq bastions formant une étoile à cinq branches. Pour la construire, il a fallu cuire 3 millions de blocs de pierres et 700 000 pieds de grès. Admiratif, Louis XIV venait saluer ce chef-d'œuvre d'art militaire à chacune de ses visites.

Une étroite voie pavée mène de l'Esplanade à la Porte Royale, qui donne accès à la Citadelle. La Porte Royale porte une inscription en latin, véritable louange à la gloire du Roi Soleil.


Lille en métro :

Y a-t-il un pilote dans la rame ? … Non ! Mais rassurez-vous, le métro de Lille, appelé VAL, a été le premier métro entièrement automatisé du monde. Il fut inauguré en 1983. Tantôt aérien, tantôt souterrain, le VAL vous transporte en toute sécurité. L'aménagement des stations a été confié aux architectes et créateurs afin d'adapter chacune d'elles artistiquement à son quartier.

LILLE 2004

Tout a été fait pour que Lille 2004 soit la fête de tous. Parce que la culture, vitale et essentielle, doit être celle de tous et de chacun…
Infos : 00 33 359 579 400

En 1985, c'était Athènes qui avait été choisie comme capitale européenne de la culture. En 1993, ce fut Anvers puis en 2000, Bruxelles et en 2002, c'était le tour de Bruges en même temps que Salamanque (Espagne). Pour rappel, ce principe des "capitales culturelles" a été créé par les Ministres de la Culture des pays de la Communauté européenne dans le but de contribuer au rapprochement des cultures.

Il collait à Lille une image véhiculée par la révolution et la crise industrielles.

De fait, la nouvelle capitale culturelle de l'Europe avait besoin d'un grand coup de neuf ! Le grand nettoyage de l'architecture historique, qui disparaissait sous une crasse centenaire, n'était pas un luxe.

Dès le 6 décembre 2003, Lille s'est ainsi transformée en une expérience artistique et culturelle hors du commun. Parmi les moments forts de cet événement figure l'opération " Métamorphoses ". Durant toute l'année 2004, des artistes transformeront la ville : rues, façades, transports collectifs, bâtiments… Ils s'appliqueront à détourner et à réinventer l'environnement urbain.

Nouvelles rues, nouveaux espaces… On a demandé aux artistes d'investir des lieux et des domaines qui ne leur sont pas habituels. Histoire de créer un décalage urbain. De disposer les objets à des endroits où on ne les attend pas. Bref de surprendre. Pendant douze mois, il y en aura pour tous les goûts : des centaines d'expositions, de manifestations et de parades, d'installations diverses, de " Maisons folie ", de danse et de cirque, du branché jusqu'au populaire, mêlant l'esprit français et la convivialité flamande dans une grande mixité indispensable…

Plutôt qu'un feu d'artifice passager ou un événement réservé à une élite branchée, Lille 2004 veut aussi s'inscrire durablement dans la ville.

Le budget de Lille 2004 représente 75 millions d'euros… 10 millions de visiteurs attendus… 2130 manifestations étalées sur 3 saisons… 200 lieux et 158 villes concernées… Anvers, Mons, Tournai ou Courtrai participeront ainsi à la belle effervescence lilloise.

Lille s'est ainsi consolée de se voir refuser sa candidature aux JO de 2004.
La ville propose une multitude d'activités en plein air qui ont attiré dès ses débuts près d'un demi-million de participants venus de la région mais aussi de toute la France, de Belgique, d'Angleterre et d'ailleurs.

Lille, en fait, se verrait bien à la place de Paris. Des rêves de grandeur. Des envies de capitale…

Evidemment, la question des limites de la métropole lilloise apparaît en filigrane. Englobe-t-elle Roubaix, Tourcoing et Mouscron ? Pousse-t-elle carrément "la frontière" jusqu'à Courtrai, Ypres et Tournai ? Peut-être, mais la commune de Lille elle-même ne dépasse pas le seuil des 200 000 habitants.
Quoi qu'il en soit, il existe sans conteste, et depuis longtemps, des liens authentiques entre les habitants des deux côtés de la frontière.

C'est une évidence : Lille et sa région partagent plus d'un point commun avec les Belges. Ici et là, le même folklore carnavalesque, le même intérêt pour le cyclo-cross et la colombophilie, les mêmes expressions ("la drache "…). Sans oublier la bière : dans le département du Nord, sa consommation par habitant y est deux fois plus élevée que dans le reste de l'Hexagone. Ici, la frontière n'a jamais ressemblé à un mur. Au 19e s, près de 300 000 Flamands, tenaillés par la faim, l'ont franchie pour venir chercher du travail dans le triangle Lille-Roubaix-Tourcoing.
A partir des années 1980, inexorablement, les usines ont commencé à fermer. Vestiges : cheminées de briques dispersées dans le paysage, murs noircis d'une église dans le quartier populaire de Wazemmes, et puis quelques courées, ces ensembles de petites maisons ouvrières, caractéristiques de l'architecture du Nord…

Les " Maisons folie ", symboles d'un nouvel art de vivre ?

En 2004, douze nouveaux lieux s'ouvrent au public dans des sites inédits : sur tout le territoire de Lille 2004, anciennes usines, brasseries, hospices, fermes, hôtels particuliers deviendront " Maisons Folie ". Convivialité, rencontres, échanges familiaux, artistiques et festifs seront au cœur de cet étrange concept où l'on associe patrimoine architectural et pratiques culturelles d'un nouveau genre. Les artistes y seront en résidence, les habitants comme chez eux et les visiteurs plongés au cœur d'une aventure inédite…

C'est surtout par les " Maisons folie " que Lille 2004 s'exporte en Belgique. Dans le courant 2004, une ancienne école de Mons, l'île Buda, située à Courtrai entre deux bras de la Lys, et le séminaire de Choiseul, à Tournai, ensemble architectural datant des 17e et 18e s, deviendront ces centres culturels chers aux organisateurs de Lille 2004 car les Maisons folie se veulent des espaces de vie et lieux culturels où seront donnés des spectacles, concerts…

Gare de Lille-Europe

Le voyageur a de quoi être décontenancé lorsqu'il débarque à la Gare de Lille-Europe. Car, avec son flux constant de trains, celle-ci n'est en réalité que le cœur battant d'un complexe beaucoup plus vaste : Euralille. Cette méga-cité d'affaires abrite pêle-mêle boutiques de vêtements, restaurants, hôtels, supermarché, salle de spectacles, école de commerce, etc. Les bâtiments s'y enchevêtrent les uns les autres de façon un peu effrayante. Dans ce mastodonte grandiose et inhumain, des milliers de badauds se pressent en permanence.

Située à deux pas du centre-ville et conçue par l'architecte hollandais Rem Koolhaas, Euralille a été imaginée pour être une "turbine tertiaire", selon l'expression de l'ancien maire socialiste Pierre Mauroy. Ce gigantesque bazar devrait aider l'ensemble de la région à sortir du marasme économique.

Outre la gare TGV, le site d'une superficie d'une cinquantaine d'hectares est un poumon à part entière de l'activité économique de Lille.

Devant la Gare de Lille-Europe, des structures réfléchissent des faisceaux de lumière blanche. Un ensemble d'arbres est suspendu à une dizaine de mètres du sol, composant une étonnante forêt inversée. Des monstres mécaniques se promènent avec les piétons. Des Australiens aidés de grimpeurs professionnels plantent des arches en plein centre et lui donnent un air de jungle. Des Barcelonais s'inspirent des boules à neige pour constituer des lieux de vision et de transparence.

Cherchez la fleur … et l'ode au désir.

De drôles de bulbes colorés poussent comme dans une forêt pour Marsupilami ! Leur jardinière ? L'icône japonaise des sixties psychédéliques Yayoi Kusama. Très " Flower Power " (hommage aux années soixante et à la grande rébellion culturelle), ses tulipes géantes de Shangri-La* maculées de pois fétiches attendent le regard amusé sur l'esplanade François-Mitterand, et elles y resteront après Lille 2004.

Les Autrichiens ont eux créé un jaquemart* de lumière sur la tour Lille-Europe. 880 néons répartis sur 20 étages sont soumis à des pulsations frénétiques toutes les heures et les demi-heures avec, pour chaque allumage, une séquence différente afin de discerner l'heure exacte.
Les Américains proposent un manège de sculptures en rotation synchronisée avec un stroboscope* qui, grâce à la persistance rétinienne, convie à de poétiques métamorphoses.

Un peu de curiosité et une envie de flâner suffisent aussi pour partir à la découverte des nouvelles voiries et des diverses réalisations situées entre la Gare Lille-Europe et la Gare Lille-Flandres : surplombant la Place de l'Europe, le Viaduc le Corbusier est un point d'observation idéal.

A gauche, la Gare Lille-Europe est "un modèle de gare nouveau réconciliant le train et les citadins ". Une vitrine de 400m de long met en scène le TGV et s'ouvre sur le centre ville par une façade vitrée de 15m de haut. Son toit, ondulé comme une vague, est surplombé de 2 tours. La station de métro attenante forme le puits de connexion de tous les transports : métro, VAL, TGV, parkings et voie rapide.

La première tour, Tour du Crédit Lyonnais, enjambe la gare de ses 20 étages. Elle joue du métal et du verre pour la partie haute, de la pierre et du verre pour le bas. En raison de sa forme, certains l'ont déjà surnommée " Le Flipper " ou " La chaussure de ski ".

Viennent ensuite la Tour Lille-Europe et l'Atrium. Le noyau de cette tour de 25 étages est constitué d'un portique en béton qui enjambe la gare.

Légèrement sur la droite, jouant comme un Mondrian avec les couleurs, le Centre Euralille. Ses façades verticales, entièrement vitrées, sont traitées très sobrement. Cent vingt boutiques, un hypermarché et des restaurants se répartissent sur deux niveaux.

Face à la Chambre de Commerce et d'Industrie

Vincent Dupont-Rougier, "designer"* de l'environnement, a conçu pour Lille 2004 une micro folie végétale, véritable salon de conversation sous un bouquet parapluie ! Une structure métallique coiffée d'une végétation arbustive dans laquelle on grimpe (à deux, SVP) à l'aide d'une échelle intégrée. En toute discrétion, on peut y causer amour…

Salle Concorde

Le jaquemart de Chico MacMurtrie est un être de métal à l'échelle humaine à l'intérieur d'un cadran en rotation. A chaque tour de cadran, entraîné par la rotation de celui-ci, le jaquemart rejoue les différentes étapes d'une vie humaine. De l'état fœtal à 7h, il se redresse jusqu'à 12h pour se courber sous le poids des ans jusqu'à 5h.

Gare Lille-Flandres

Au cœur de la ville et des anneaux de vitesse, la métamorphose de la Gare Lille-Flandres - lieu de retrouvailles et de transit - plonge immédiatement les visiteurs dans l'univers de Lille 2004. La gare est rose ! La métamorphose saute aux yeux dès l'arrivée : un effet des éclairages et des 10 000 mètres carrés de filtres colorés tendus sur la verrière de l'édifice. L'illusion ainsi créée n'est pas innocente. La ville industrieuse, froide, noire et triste doit disparaître pour faire place à une métropole européenne, dynamique, animée, colorée, digne descendante de ces prospères cités flamandes de jadis.

C'est en 1846 que fut inaugurée la première ligne de chemin de fer entre Paris et Lille. Pour fêter cet événement, le musicien Hector Berlioz*, au sommet de sa gloire, vint en personne pour diriger sa célèbre symphonie "funèbre et triomphale ".

Rue Faidherbe, la grande artère lilloise

Autre curiosité, le " Chemin des Etoiles ". Là, l'auteur de Valérian, héros de science-fiction, a fait construire une base de lancement futuriste pour voyager dans les étoiles
" Promenade urbaine " de la rue Faidherbe jusqu'à l'Esplanade. Sur ces " ramblas " en pavés du Nord, Jean-Claude Mézières a créé une piste d'envol d'un astroport, rêverie mécanique en 7 arches de 8 mètres de hauteur, spectacle permanent.

Les rues de Shanghai sont parmi les plus célèbres au monde pour l 'accumulation rapprochée de leurs enseignes, flammes et lumières, leurs tourbillons de bruits, de couleurs et de mouvements. Cette agitation et cette vitalité se déplacent sur le territoire de Lille 2004 : néons, idéogrammes, lampions, échoppes de rue, boutiques de produits importés, musiques et chants lointains transfigurent les rues et projettent notre quotidien au cœur de Shanghai. Avec, en prime, un Pavillon du thé Place du Théâtre, pour découvrir la traditionnelle cérémonie du thé chinoise.

Les spectres de l'Hospice Comtesse (jusqu'au 7 mars)

L'Hospice Comtesse est l'un des plus beaux endroits de Lille.

Il doit son nom à sa fondatrice, la Comtesse de Flandre, Jeanne de Constantinople (1237). Reconstruit au 15e s, agrandi aux 17e et 18e s, cet hôpital converti en hospice sous la Révolution devint aussi un orphelinat jusqu'en 1918. Désaffecté en 1939, restauré, il abrite un musée d'Histoire et d'Ethnographie de la région du Nord, et des expositions temporaires.

On pénètre dans la cour d'honneur par un portail à bossages* daté de 1649, et un passage à jolies voûtes gothiques dont les nervures blanches se détachent sur la brique. En face, la salle des malades du 15e s, est prolongée par la chapelle du 17e s. Dans le réfectoire, le manteau de cheminée baroque encadre une Nativité du 16e s. Le parloir aux sombres lambris* Louis XIV est décoré d'une série d'ex-voto* du 17e s. Le salon de la Prieure aux boiseries Louis XV, les tapisseries et le mobilier flamand de l'ensemble évoquent l'atmosphère d'une fondation pieuse au 17e s. Par un escalier aux murs à pavement bleu et à rampe du 17e s, forgée de gracieux motifs à spirales, on accède à l'étage qui servait de dortoir, sous un plafond à poutres sculptées.

C'est dans la Salle des malades que la grande artiste contemporaine, Annette Messager, a construit une étonnante installation qui parle directement à l'imaginaire des visiteurs : c'était ici qu'on plaçait les malades. C'est un lieu de mort, un lieu d'enfermement terrible. Les seuls visiteurs des malades étaient les souris. L'artiste a disposé au sol une vingtaine de gros tas de kapok, ouate blanche enfermée dans des filets noirs avec des rats noirs en peluche. Ce sont les spectres des lits qui s'y trouvaient. En opposition, suspendus aux poutres, une dizaine de fragments gigantesques du corps humain : pied, main, oreille, bouquets de seins, lune phallique en skaï et pesant jusqu'à 25 kilos pièce. Ces objets tombent de façon aléatoire et brutale dans un grand vacarme pour remonter ensuite lentement. Tout est lent et insidieux, créant le mystère. Dans le fond, deux spots regardent tantôt les visiteurs tantôt les objets, comme deux yeux.

" Dans la pénombre, deux yeux de lumière cherchent des formes du sol au plafond. Un cri ! Ce n'est pas pour ces corps de rats géants qui émergent de gros tas d'ouate blanche. Suspendu, un bouquet de seins rouge sang vient de s'effondrer sur le sol en même temps qu'une lune phallique. Spectres des malades, corps disloqués nous racontent dans une sarabande* de fantasmes les drôles de rêves des anciens pensionnaires de l'Hospice ".

Palais des Beaux-Arts

Les fleurs y sont à l'honneur !
L'immense architecture du Palais accueille une révolution végétale signée de la main d'une trentaine de créateurs contemporains.

Quelques souvenirs de visite

Photos 32 33 43 44 45 46 66 67

 

 

Saveurs flamandes

Allons-nous à Lille ou à Rijsel ? A vous de choisir si vous préférez appeler " l'île " ou " ter ijsel " l'île de la Deule, où Baudouin V, comte de Flandre, édifia une citadelle au 11e s. Ce n'est qu'en 1667 que la région de Lille fut annexée à la France par Louis XIV. Il n'est donc pas troublant de trouver au menu des restaurants des suggestions comme les carbonades à la flamande, le lapin aux pruneaux et le waterzooi.


Bonnes tables

 

Index

Liens


Retour vers le sommaire des Pagodes

M. Hamelrijckx Mars 2004 Athénée des Pagodes