HUMANISME ET GENOCIDES

LE GENOCIDE DES HEREROS : 1904-1906

Document n°1 : La Conférence de Berlin (1885)

« Voulant régler dans un esprit de bonne entente mutuelle, les conditions les plus favorables au développement du commerce et de la civilisation dans certaines régions de l’Afrique, […] désireuses d’autre part, de prévenir les malentendus et les contestations que pourraient soulever à l’avenir les prises de possession nouvelles sur les côtes d’Afrique, et préoccupées en même temps des moyens d’accroître le bien-être moral et matériel des populations indigènes, les puissances européennes ont résolu, sur l’invitation qui leur a été adressée par le Gouvernement impérial d’Allemagne, d’accord avec le Gouvernement de la République française, de réunir à cette fin une conférence à Berlin.
Article premier : Le commerce de toutes les nations jouira d’une complète liberté. […]
Article 5 : Toute puissance qui exerce ou exercera des droits de souveraineté dans les territoires susvisés ne pourra y concéder ni monopole ni privilège d’aucune espèce en matière commerciale.
Article 6 : Toutes les puissances exerçant des droits de souveraineté ou une influence dans lesdits territoires s’engage à veiller à la conservation des populations indigènes et à l’amélioration de leurs conditions morales et matérielles d’existence, et à concourir à la suppression de l’esclavage et surtout de la traite des Noirs. La Liberté de conscience et la tolérance religieuse sont expressément garanties aux indigènes comme aux nationaux et aux étrangers. […]

Déclaration finale de la Conférence de Berlin, 1885

Document n°2 : Le partage de l’Afrique

Le partage de l’Afrique

Document n°3 : La politique coloniale selon Leutwein (gouverneur du Sud-ouest africain allemand)

« Certes, une politique coloniale conséquente exigerait qu'on tue tous les prisonniers en état de porter les armes. Quant à moi, je ne voudrais pas recourir à ce moyen mais je ne blâmerais pas celui qui le ferait. La politique coloniale est de toute façon inhumaine. Et elle ne peut, en fin de compte, qu'aboutir à empiéter sur les droits des autochtones au profit des intrus. Celui qui ne l'accepte pas devrait s'affirmer en tout état de cause opposé à toute politique coloniale, opinion qui a au moins le mérite d'être logique. Mais on ne saurait, d'un côté, ravir aux indigènes les terres en vertu de contrats douteux et, à cette fin, mettre en danger la vie et la santé de ses concitoyens présents ici, et, de l'autre, s'enthousiasmer d'humanisme au Reichstag comme l'ont fait certains députés ».

Leutwein, Rapport à Berlin, 1896

Document n°4 : Le point de vue des colons individuels

« L’installation de nombreux colons, que l’on espérait des compagnies qui bénéficiaient du soutien gouvernemental, ne s’est pas faite. Les compagnies l’ont rendue difficile, en pratiquant des prix forts pour la terre et des frais d'arpentage élevés, en ne met¬tant pas en vente des terres pour des raisons de spéculation, en ne cédant pas des spécimens reproducteurs, en faisant concurrence aux produits agricoles, etc [...] Alors que ce sont justement les terres se prêtant particulièrement bien à la colonisation qui ont été attribuées aux compagnies! D'autres terres propices ne se trouvent plus que dans la propriété des indigènes. »

Von François, ancien Landeshauptmann, 1903

Document n°5 : La révolte herero

«Toute notre docilité, et notre patience envers les Allemands ne nous servent à rien, car chaque jour, ils fusillent pour rien. Mon frère, n'en restez pas à votre premier refus de participer au soulè¬vement, mais faites de sorte que toute l'Afrique combatte les Allemands, mourons plutôt ensemble, au lieu de mourir de mau¬vais traitement, de prison ou encore d'autres manières. Fais-le savoir à tous les capitaines là-bas pour qu'ils s'insurgent et travaillent» (c'est-à-dire luttent). Et envoie-moi quatre de tes hommes pour que l'on parle directement. Empêche la guerre du gouverneur pour qu'il ne passe pas. Et agis vite, pour que nous prenions d'assaut Windhuk ; nous aurons alors des munitions. En plus, je ne me bats pas seul » (suivent les noms de trois capitaines herero).

Lettre de Samuel Maharero (chef herero) à Hendrik Witbooi, sans date (1904 ?)

Document n°6 : Von Trotha et ses officiers

Von Trotha et ses officiers

Document n°7 : Ordre d’extermination du général von Trotha, général en chef des troupes allemandes

« Moi, le général des troupes allemandes, adresse cette lettre au peuple herero. Les Hereros ne sont plus dorénavant des sujets allemands. Ils ont tué, volé, coupé des nez, des oreilles, et d'autres parties de soldats blessés et maintenant, du fait de leur lâcheté, ils ne se battent plus. Je dis au peuple : quiconque nous livre un Herero recevra 1 000 marks. Celui qui me livrera Samuel Maherero (le chef de la révolte) recevra 5 000 marks. Tous les Herero doivent quitter le pays. S'ils ne le font pas, je les y forcerai avec mes grands canons. Tout Herero découvert dans les limites du territoire allemand, armé comme désarmé, avec ou sans bétail, sera abattu. Je n'accepte aucune femme ou enfant. Ils doivent partir ou mourir. Telle est ma décision pour le peuple herero.

Lothar von Trotha, 2 octobre 1904

Documents n°8, 8bis et 8ter : Les points de vue de von Trotha et de Leutwein

« Le point de vue du gouverneur et de quelques vieux coloniaux diffère complètement du mien. Ceux-ci poussent depuis le début à la négociation et considèrent le peuple herero comme un matériel productif nécessaire pour le déve¬loppement futur de la colonie. Je considère que la nation herero comme telle doit être annihilée, ou si ce n'est pas tac¬tiquement possible, expulsée hors du territoire par tous les moyens [...] J'estime le plus approprié que la nation périsse [...] Ma politique est d'exercer la violence par tous les moyens possibles, y compris terroristes. Je détruis les tribus africaines par un courant de sang et d'argent. Ce n'est qu'une fois ce nettoyage accompli que quelque chose de nou¬veau pourra émerger, et qui restera. »

Von Trotha, Journal de campagne, 1904

« La nation herero devait être soit exterminée ou, dans l'hypothèse d'une impos¬sibilité militaire, expulsée du territoire [...] J'ai donné l'ordre d'exécuter les prisonniers, de renvoyer les femmes et les enfants dans le désert [...] Le soulèvement est et reste le début d'une guerre raciale »

Von Trotha, Lettre à von Schlieffen (chef de l’état-major de l’armée allemande, 1904

« ... Je ne partage pas le point de vue de ces fana¬tiques qui veulent la destruction totale du peuple herero. Outre qu'il n'est pas facile d'anéantir un peuple de 60 à 70 000 âmes, je considère cette politique comme totalement absurde d'un point de vue économique. Nous avons besoin des Hereros comme vachers, certes en nombre réduit, et comme agriculteurs. Il suffit de les anéantir politique¬ment. »

Leutwein, 1904

Document n°9 : Bilan de l’action menée par l’armée

«La poursuite de l'ennemi battu mit brillamment en lumière l'énergie sans ménagement du commandement allemand. Aucun effort, aucune privation ne furent trop grands pour détruire chez l'ennemi les derniers vestiges de volonté de résistance. Tel un gibier forcé, il avait été pourchassé de point d'eau en point d'eau jusqu'à ce qu'il fût finalement victime de la nature de son propre pays. La sécheresse de l'Omaheke devait achever ce que les armes allemandes avaient commencé: l'anéantissement du peuple herero. «Le blocus impitoyable des zones désertiques, pendant des mois, paracheva l'œuvre d'élimination. Les râles des mourants et leurs cris de folie furieuse [...] résonnè¬rent dans le silence sublime de l'infini. Le châtiment avait été appliqué. Les Herero avaient cessé d'être un peuple indé¬pendant. Lorsque arriva la saison des pluies, des patrouilles allemandes trouvèrent des squelettes gisant autour de trous secs, profonds de 12 à 16 mètres, que les Africains avaient creusés en vain pour trouver de l'eau. »

Rapport militaire allemand, 1904

Document n°10 : La presse internationale

Le petit journal, 1904

Dessin publié dans Le petit journal, 1904

Document n°11 : Le rôle des entreprises

«Selon des rapports, un grand nombre de Héréro ont déjà été capturés dans la bataille de Waterberg. Prenant en compte que leur internement [...] risque de causer de grandes difficultés, la Gibeoner Schurf und Handelsge¬sellschaft a immédiatement formulé la demande que ces pri¬sonniers, soit cinquante à cent hommes, lui soient immédiatement accordés comme mineurs. [...] Il serait peut-être souhaitable que ces Herero soient enchaînés par groupe de dix avant d'être transportés vers le Sud. »

Documents n°12, 12bis et 12ter : Le travail forcé dans les camps

« Le nouveau gouverneur allemand promit la vie sauve aux quelques milliers de survivants, des squelettes sur pieds pour la plupart, qui se cachaient encore dans le bush. Ils seront rassemblés, à leur tour, sur l'île de Luderitzbucht, dans des conditions très précaires. [...] Les gens y mouraient comme des mouches empoisonnées. Les enfants et les vieil¬lards, d'abord, les femmes et les hommes les plus faibles, ensuite. [...] Les hommes valides étaient astreints à travailler aux dépôts portuaires et ferroviaires. Les jeunes femmes, même celles qui étaient mariées, devenaient les concubines des soldats [...] »

Témoignage de Samuel Kariko, instituteur herero

« Lorsque je suis entré à Swakopmund, j'ai vu beaucoup de prisonniers de guerre herero. [...] Il devait y avoir quelque 600 hommes, femmes et enfants. Ils étaient dans un enclos sur la plage, ceint de fils barbelés. Les femmes devaient travailler comme les hommes. Le travail était harassant. [...] Elles devaient pousser des chariots, chargés à ras bord, sur une distance de plus de 10 km. [...] Elles mouraient littéralement de faim. Celles qui ne travail¬laient pas étaient sauvagement fouettées. J'ai même vu des femmes assommées à l'aide de pioches (pick handles). Les Allemands faisaient cela. J'ai vu personnellement six jeunes femmes assassinées par des soldats allemands. Elles furent tuées à la baïonnette. J'ai vu leurs corps. Je suis resté là six mois. Les Herero mouraient quotidiennement sous l'effet de la fatigue, des mauvais traitements et des conditions de détention. Ils étaient très mal nourris et n'arrêtaient pas de me demander, comme aux autres gens originaires du Cap, de la nourriture. Les soldats allemands abusèrent de jeunes Herero pour assouvir leurs besoins sexuels ».

Témoignage de Hendrick Fraser

«Je suis arrivé à Luderitzbucht et, après quelques minutes, j'ai aperçu cinq cents femmes indigènes couchées le long de la plage. Elles étaient manifestement vouées à mourir d'inanition. Tous les matins et tous les soirs, il leur fallait creuser de quatre à cinq tombes [...] En d'autres endroits, j'ai vu des cadavres de femmes ... mangés par des oiseaux de proie. Certaines d'entre elles avaient été manifestement battues à mort. [...] Tout prisonnier qui tentait de s'échapper était amené devant le lieutenant qui lui administrait cinquante coups de fouet. La punition était donnée de la manière la plus cruelle possi¬ble, des morceaux de chair volaient dans les airs [...] J'ai conclu de mon séjour que les Allemands n'étaient pas faits pour la colonisation et que les crimes atroces et les assassi¬nats à froid n'avaient qu'un seul objectif, l'extinction de la population aborigène. »

Témoignage de Johann Noothout

Document n°13 : Localisation des camps

Localisation des camps

Document n°14 : Rescapés herero

Rescapés herero

Document n°15 ; Le génocide aujourd’hui

« OKOKARARA, Namibie - Pour la première fois, l’Allemagne a présenté samedi ses excuses officielles pour le massacre par des colons allemands de la tribu des Hereros en Namibie (Afrique australe), qui fit 65.000 morts de 1904 à 1907.
« Nous, Allemands, acceptons notre responsabilité morale et historique » pour les crimes commis à l’époque par des Allemands, a déclaré la ministre allemande de l’Aide au développement Heidemarie Wieczorek-Zeul.
Elle s’exprimait lors d’une cérémonie à Okokarara (250 km au nord de la capitale Windhoek) marquant le centième anniversaire du soulèvement des Hereros contre leurs colons allemands, en août 1904.
Suite à ce soulèvement, les insurgés furent pourchassés et massacrés. « Les atrocités perpétrées alors auraient dû être qualifiées de génocide », a déclaré la ministre, premier responsable allemand à participer aux cérémonies. Tout en excluant des indemnisations pour les descendants des victimes, elle a promis la poursuite de l’aide économique à la Namibie.
« Tout ce que j’ai dit constitue des excuses du gouvernement allemand », a-t-elle conclu sous les applaudissements du millier de personnes rassemblées pour la cérémonie.
L’Allemagne a colonisé la Namibie, semi-désertique mais diamantifère, en 1884. Après la défaite de l’Allemagne en 1918, l’Afrique du Sud a occupé la Namibie pendant plus de 70 ans, jusqu’à l’indépendance du pays en 1990. C’est aujourd’hui le principal destinataire de l’aide allemande, recevant environ 11,5 millions d’euros par an. »

Associated Press, 15 août 2004


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