Incursion dans l’univers du sacré, plongée sous le voile de l’enfoui, errance entre la vie et la mort où antagonisme et complémentarité se côtoient.
Mythes antiques fondateurs, cosmogonies revisitées en passant par les arcanes secrètes de l’alchimie ou l’univers troublant de l’androgynie , les mystères de Mithra , autant de rencontres, autant de points de départ qui deviennent le fil conducteur de la méditation créative.
Comment s’élabore l’œuvre :
Il n’y a pas de pensée définie au départ. Si les thèmes ,sont la clef de voûte de mon imaginaire , il ne s’agit jamais d’une thématique dans le sens restrictif d’une narration ou d’une simple illustration . Ces thèmes prétextes, ces fragments de mémoire convergent vers une recherche, celle de l’unité fondamentale des hommes dans leur aspiration à l’harmonie.
Le plus souvent face à « la toile blanche » j’éprouve le support de manière aléatoire , je lui impose des fonds colorés, des traces imprévues. Alors capter , entrer dans l’aléatoire qui devient cheminement d’une démarche signifiante.
C’est en se façonnant que l’œuvre se construit. Il se peut qu’elle évolue, se mute, que les noirs deviennent blancs, que la chrysalide devienne sarcophage, avec le risque parfois du non-abouti. Alors , dans l’attente d’un souffle nouveau , laisser agir le temps .
Je ne peins pas le réel, il s’agit d’une figuration détournée de la réalité parce qu’elle relève de l’imagination et des acquis de la mémoire. (jamais d’après la réalité ou photos)
Comme on dit « abstraction pure » on pourrait définir ma peinture de « figuration pure » , celle qui va au- delà du réalisme.
Si la figure humaine est omniprésente, tantôt allusive, suggérée, tantôt à l’avant- plan , il n’en reste pas moins que même absente elle s’impose de manière sous-jacente, dans sa signification métaphorique .
La couleur :
Paradoxalement j’aime la couleur et me définis comme coloriste.
Ma palette est faussement monochrome, parce qu’elle est faite de toutes les couleurs, mais jamais à l’état pure. Je la veux subtile, tout en nuance de camaïeux, de mystère.
J’affectionne les gris, blancs et noirs qui laissent entrevoir les strates colorées des couches successives lui donnant ainsi une vibration particulière .
La matière :
Elle a toutes les priorités , comme la couleur elle a tous les pouvoirs de la suggestion car elle s’adresse directement à nos sens. Matière imprévisible, faite de coulées, de griffures ,tantôt dense, compacte, tantôt fluide, lisse ou rugueuse qui laisse entrevoir sous les couches, l’instant du geste. Matière mémoire , empreintes d’un présent fugace
C’est cette aventure de l’imprévu qui est excitante. Capter et dompter le hasard, vivre la magie, l’alchimie des couleurs et de la matière dans l’inattendu et qui m’ entraîne au cœur de l’enfoui au risque de me perdre dans la confusion et la déception.
Peintre solitaire, je ne me reconnais dans aucun mouvement, seule m’importe la liberté d’être.
Cela ne signifie pas solitude. Je respire l’air du temps et mes paysages mentaux se nourrissent de l’autre, du présent comme du passé.
Michèle Grosjean 2008