Cependant,
elle possède deux des monuments les plus dignes d'intérêt
de l'histoire de Venise. Jadis riche cité avec un siège épiscopal
et un gouvernement autonome, Torcello ne possède plus guère
que des jardins, où l'on cultive des fruits et des légumes
très prisés à Venise, et quelques modestes maisons
qu'on compte sur les doigts de la main : elle fut détrônée
par le Rialto et abandonnée par ses habitants en raison de l'insalubrité
du climat. Hemingway, parlant de la cathédrale Notre-Dame (S. Maria
Assunta), prétendait que les Vénitiens n'avaient jamais rien
fait de mieux. La sobriété qui se dégage de
cet édifice pourtant byzantin permet de mesurer à quel point
ce monument est exceptionnel. Fondé au Vlle siècle et reconstruit
au XIe, c'est sans doute l'un des plus beaux édifices religieux
de style veneto-byzantin de toute l'Adriatique.
La
façade, très sobre, est précédée d'un
narthex dont la galerie rejoint et entoure l'église voisine de S.
Fosca. L'intérieur, à trois nefs, repose sur des colonnes
en marbre grec à chapiteaux. Le pavement de mosaïques a été
réalisé au XIe siècle, les bas-reliefs datent du XIe
et les peintures du XVe siècle.
Le
mur intérieur de la façade est recouvert d'une stupéfiante
décoration de mosaïque.
Les obscurs mosaïstes veneto-byzantins des XIIe et XIIIe siècles, s'inspirant de prototypes orientaux, mais avec un esprit roman, y racontent l'apothéose du Christ et le Jugement universel. Cette mosaïque est divisée en six registres et les épisodes narratifs suivants s'y succèdent : la Descente du Christ aux limbes, l'Archange St Michel qui pèse les âmes tandis que le Diable attend sa proie, la Résurrection des Morts et l'Enfer avec la séparation des damnés chargés de peines variées, selon leurs péchés.
Il faut également voir la mosaïque de l'abside La Vierge et les Apôtres (XIIe-XIIIe siècles).