Le Ghetto

C'est à Venise que revient le triste privilège d'avoir inventé le ghetto. L'attitude de la Sérénissime a toujours été ambiguë à l'égard des Juifs. Au commencement de son ascension économique, elle les considéra avec méfiance car ils concurrençaient son hégémonie commerciale.

Bref historique

Aux XIe et XIIe siècles elle commença à accueillir des Juifs provenant d'Europe centrale et les autorisa à avoir des entrepôts dans la ville. On recensa 1300 Juifs en 1152. En 1366, on leur concéda la possibilité d'avoir des banques de prêt mais en 1396, ils furent interdits de séjour.

Dans la seconde moitié du XVe s., le Conseil des Dix leur accorda le pouvoir de résider à Venise, à condition qu'ils portent un signe distinctif : un O de toile jaune cousu sur les vêtements ou un chapeau rouge.

Au début du XVIe s., l'antisémitisme battait son plein : les Juifs de Trévise, Padoue et Vérone arrivaient en masse à Venise pour fuir les armées de la Ligue de Cambrai. Les prédicateurs dominicains en profitèrent pour demander l'expulsion définitive de toute la population juive de Venise, mais la Sérénissime choisit un compromis : autoriser les Juifs à s'installer de manière définitive comme prêteurs sur gages, fripiers et médecins dans une aire assignée et fermée.

En 1516, le premier ghetto de l'histoire se constitua sur une petite île de Cannaregio : l'île de geto Nuovo. Le mot "geto" désignait en vénitien l'endroit où étaient rejetées les scories des fonderies voisines. Cependant "ghetto pourrait aussi venir du vieux mot rabbinique "ghet" (séparation) ou du mot syrien "nghetto" (congrégation).

Ce furent d'abord les Juifs ashkénazes (provenant d'Europe) qui occupèrent cette zone appelée actuellement le Ghetto Nuovo. Les commerçants sépharades (Juifs provenant des pays méditerranéens), quant à eux, dont l'économie vénitienne ne pouvait se passer, furent autorisés à résider dans Venise. Mais ils s'installèrent peu à peu dans les alentours du Ghetto et, en 1541, ils furent à leur tour enfermés dans le Ghetto Vecchio.

Les Juifs espagnols, qui eux aussi apportaient d'importants bénéfices économiques à Venise, purent circuler librement jusqu'en 1589, date à laquelle ils furent contraints de résider dans le Ghetto Vecchio. La densité de population était telle que, pour compenser le manque de place, il fallut construire des immeubles à plusieurs étages (7 ou 8), véritables "gratte-ciel" de Venise.

Au début du XVIIe s., les Juifs étaient plus de 5000, et cette époque correspond à une période d'intense activité culturelle du Ghetto et des rabbins comme Leon da Modena et Simone Luzzatto tenaient des cours attirant intellectuels juifs et non juifs.

Au XVIIIe s., la situation économique se dégrada, mais les Vénitiens se montrèrent de plus en plus tolérants : le signe distinctif fut abandonné, on venait consulter les médecins du Ghetto et la la culture juive était tenue en grande considération.

En 1797, Napoléon décida la suppression du Ghetto, qui fut rétabli par les Autrichiens.

Il ne fut définitivement aboli qu'en 1866.

Aujourd'hui, les familles juives sont disséminées dans toute la ville, mais dans ce quartier de Cannaregio se trouvent encore les boutiques casher, les librairies hébraïques et les lieux de culte. Seules quatre famille juives habitent encore le Ghetto.

 

Les synagogues



Récemment, un passage secret reliant toutes les synagogues en passant par les étages supérieurs a été remis en usage.


Sommaire
Athénée des PAGODES - rue de Beyseghem, 141 - 1120 Bruxelles
T : 266.11.50 par E-mail : sec.pagodes@brunette.brucity.be


M. Hamelrijckx Juin 1999 Athénée des Pagodes