Les couleurs vives des façades ressortent d’autant mieux que portes et fenêtres sont soulignées de blanc. Pour lutter contre la grisaille de certains jours d’hiver, les Buranais se laissent parfois aller à leur verve inventive, en ornant leurs portes de curieux motifs géométriques qui évoquent étrangement des peintures modernes.
Comme d'autres îles de la lagune, Burano était déjà habitée à l'époque romaine. Elle commence à prendre de l'essor au XVIe siècle lorsque s'y concentre l'artisanat de la dentelle, d'autant plus qu'elle est épargnée par la malaria. L'industrie de la dentelle prospérant, l'île connaît, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, une période de gloire et de prospérité. A la chute de la République, elle entre en décadence. Nommée chef-lieu de la Lagune Nord au XIXe s, elle ne devient une fraction de Venise qu'en 1923.
S'il
est fréquent de voir dans les rues des femmes brodant, rares sont
celles, en revanche, qui se consacrent au véritable art de la dentelle
de Burano. Avec la naissance, au milieu du XVI e, du " punto in aria "
(point en l’air) apparaît la dentelle à l'aiguille, future
spécialité de Burano. Celle-ci devient un symbole de haut
statut social, prisée par les princes, nobles et riches d'Europe.
La concurrence est active avec la Manufacture royale de Louis XIV. Malgré
sa quasi disparition au XVIIIe, cet artisanat est relancé vers la
fin du XIXe siècle.
Au début du siècle, malgré l'ouverture d'une boutique de l'école de Burano, place Saint Marc, la véritable dentelle décline, devient un luxe.
En effet il faut 3 ans à 10 ouvrières pour réaliser une nappe ! Seule la dentelle de qualité inférieure est rentable et abordable...
Mais Burano c'est aussi l'île aux maisons colorées de rouge, bleu et jaune. De petites bâtisses d'un ou deux étages, aux façades semblables percées de simples fenêtres carrées peuplent l'île vide de palais imposants. Autrefois c’étaient les femmes qui " coloriaient ", leurs hommes étant en mer ...

Tout au long de ce trajet des boutiques où l'on vend des dentelles (généralement made in China) se serrent les unes contre les autres. Sur la place se dressent les deux seules grandes œuvres architecturales de l’île qui aient survécu aux démolitions : l'oratoire de Santa Barbara, du XVIle siècle, et l'église San Martino, du XVIe siècle, flanquée d'un campanile du XVIIIe siècle.
La façade de ce sanctuaire présente la particularité de n'être percée d'aucun portail. A l'intérieur sont conservés, entre autres, une Crucifixion de Tiepolo (1 725) et un Miracle de saint Albain attribué à Zanchi. Cette œuvre s'inspire d'une légende à laquelle on est ici très attaché : les eaux auraient poussé jusque-là une sorte de grande caisse de pierre que les pêcheurs ne réussissaient pas à soulever. A la surprise générale, des enfants y parvinrent. Lorsqu'on l’ouvrit, on découvrit les reliques de saint Albain, de saint Dominique et de saint Orso, qui furent portées en procession à travers l’île. Sur la place, l'ancien palais du Podestat (XIVe s) abrite le musée et l’école de la dentelle. Ce musée retrace trois siècles de création et présente plus de soixante-huit mille modèles. Mais seules les pièces du XXe siècle proviennent de l'île, les ouvrages plus anciens étant tous issus de collections publiques ou particulières vénitiennes. L’école, créée pour promouvoir des ouvrages de qualité, auxquels les imitations mécaniques ont souvent nui, est gérée en coopérative par dix dentellières.

Burano secrète : Si l'on quitte la place pour flâner dans l'île, on découvrira des endroits secrets, lumineux et colorés comme le campo della Pescheria, le rio della Giudecca ou, au nord de Burano, le rio Mandracchio.