La Basilique Saint-Marc

Son histoire

L'histoire de la basilique Saint-Marc commence par un larcin. L'enjeu n'était ni de l'or, ni des joyaux, ni aucune de ces denrées luxueuses que les marchands du Rivus Altus se procuraient plus ou moins légalement. Les Vénitiens ont volé des ossements. Pas n'importe lesquels : pour asseoir la confiance de la jeune cité et donner à son évêché tout neuf un patron prestigieux, il lui fallait les restes de quelqu'un de tout à fait extraordinaire, un évangéliste pour le moins. Or l'un d'eux, saint-Marc, était enterré à Alexandrie. Il ne restait donc qu'une chose à faire : monter une expédition discrète et arracher le cadavre à son tombeau. Ce qui fut fait.
 
A Alexandrie, deux marchands (mandés ou non par le doge, tout porte à le croire, mais rien ne le prouve) cachèrent les os précieux dans un panier rempli de viande de porc, viande impure à laquelle les douaniers musulmans n'auraient touché pour rien au monde. Et ainsi emballée, la dépouille du saint entreprit son triomphal voyage vers Venise. Une légende appropriée fut aussitôt mise sur pied: le saint avait jadis fait naufrage sur une île de la lagune, où un ange lui était apparu, l'accueillant avec ces paroles:"Pax tibi, Marce evangelista meus" (Que la paix soit avec toi, ô Marc évangéliste).
A son arrivée, le saint fut d'abord présenté au doge, et non à l'évêque. Son ultime séjour ne devait pas être l'église épiscopale mais l'église d'Etat, la chapelle des doges qui jouxtait le palais ducal. Le vol des reliques avait été effectué pour des raisons d'Etat : renforcer la position du doge vis-à-vis de Rome, selon la formule historique:"Siamo Veneziani, poi Cristiani "(Nous sommes vénitiens d'abord, et chrétiens ensuite). Cette prise de position a séparé Rome de Venise pendant toute l'histoire de la République.
 
 

L'architecture: son histoire

Au commencement, en 828, Venise possédait donc une précieuse relique, mais aucune église digne de la recevoir. C'est pourquoi fut construite la première église de Saint-Marc, consacrée en 832. Elle fut détruite en 976 dans l'incendie qui ravagea le palais ducal et la seconde, édifiée sur ses cendres, fut consacrée en 978.
 
La basilique que nous admirons aujourd'hui a des fondations du XIe siècle. Elle est construite sur le modèle de l'église des Saints-Apôtres à Constantinople, selon le plan en croix grecque. Au cours des siècles suivants, au fur et à mesure que la puissance et la richesse de Venise augmentaient, la basilique fut considérablement modifiée. Son apparence actuelle date de la fin du XVe siècle et du début du XVIe, à l’époque où la République commençait à décliner à la suite de la découverte de nouvelles routes menant aux Indes : après l’exploit de Vasco de Gama en 1499, la Méditerranée n’était plus le seul moyen pour accéder à l’Est, et Lisbonne menaçait sérieusement Venise dans sa suprématie de plaque tournante commerciale.
Le sac de Constantinople en 1453, un événement fort peu sacré, devait être à l’origine de la première redécoration de Saint-Marc. Des trésors inimaginables tombèrent entre les mains des Vénitiens à cette occasion, et la Sérénissime devint une puissance à l’échelle mondiale.
 
Comme il fallait faire étalage de cette prospérité, la basilique fut gratifiée de nouveaux dômes (chacune des coupoles basses fut recouverte d'une seconde coupole à charpente de bois revêtue de plomb, beaucoup plus haute et surmontée d'une lanterne et d'une croix dorée), le nartex fut agrandi, on incrusta des marbres rares, on ajouta des mosaïques,...Les arcades supérieures, jusqu’alors simplement arrondies, ont subi un changement notable entre la fin du XIVe siècle et la première moitié du XVe siècle : elles ont été couronnées de sculptures gothiques qui forment une frise dentelée. 
La construction de la basilique, l’un des monuments les plus spectaculaires d’Europe, était maintenant achevée. Elle constitue un mélange unique de styles, le symbole d’une puissance politique exceptionnelle et exprime comme nul autre édifice quel curieux phénomène Venise représentait au plan européen : le relais, via Byzance, des traditions de l’Antiquité.

 
 
 

L’architecture actuelle :

L’extérieur de la basilique

La façade principale de la basilique est divisée en 5 portails surmontés de 5 grands arcs. Celui du centre est fermé par des portes de bronze rapportées de Byzance au XIe siècle. Sur la Loggia dei Cavalli, au-dessus du portail central, se dressent les très célèbres chevaux de bronze doré provenant du sac de Constantinople de 1204, qui forment le seul quadrige de l’antiquité qui nous soit parvenu aujourd’hui .

Le portail donne sur le portique ou vestibule. Les mosaïques montrent dans l'ordre chronologique des scènes empruntées aux 2 premiers livres de l'Ancien Testament, la Genèse et l'Exode. Sur la première coupole, à droite de l'entrée principale : la Création. Sur la voûte, au centre, le déluge, l'arche de Noé et la tour de Babel. L'histoire d'Abraham est représentée sur la coupole, à gauche de l'entrée principale.

 

L'intérieur de la basilique

La première impression que l'on a de l'intérieur de la basilique Saint-Marc dépend, en partie, de l'heure à laquelle on la visite. Il est vrai que la basilique est sombre, chargée d'or, d'une richesse incroyable, et qu'il est préférable de la visiter tôt le matin ou en tout cas avant-midi parce qu'aujourd'hui les seules ouvertures laissant passer la lumière du jour sont celles des coupoles et des grands arcs situés du côté sud.
 
Les murs au-dessus des galeries sont couverts entièrement de ces fameuses mosaïques sur une surface de 4000m2 environ, ce qui constitue le plus grand ensemble qui existe en Occident. Non seulement les coupoles mais aussi les arcs, les colonnes et les murs de la basilique sont ornés de mosaïques. C'est en cela qu'elle diffère de son modèle byzantin, dont les personnages, de surcroît, étaient raides et présentés isolément. La grande originalité des mosaïques vénitiennes est la mise en scène de personnages, qui communiquent les uns avec les autres. 

 

 

Le trésor le plus célèbre de Venise se trouve derrière le maître-autel. Il s'agit de la Pala d'Oro, retable d'or incrusté de perles, cloisonné de 80 émaux et serti de quelques 3000 pierres précieuses et semi-précieuses de 1m sur 3m, qui fut réalisé, en 978 par des orfèvres de Constantinople pour le doge Pietro Orseolo, agrandi aux XIIe et XIIIe siècles et achevé, dans le style gothique, en 1345 par un orfèvre siennois. 

 

Sur le registre supérieur sont figurées les principales fêtes de l'Eglise. Au centre, apparaît le Christ entouré d'évangélistes. Au-dessous de celui-ci, sont représentés la Vierge, l'impératrice Irène et le doge Ordelaffo Falier. De chaque côté, s'ordonnent, sur 3 rangées, anges, apôtres et prophètes. Exception faite de cet objet, le Trésor de Saint-Marc est constitué de chefs-d'œuvre d'orfèvrerie byzantine provenant une nouvelle fois du sac de Constantinople. Plusieurs pièces ont été perdues, volées ou fondues, en 1797, quand Napoléon s'empara de Venise.
 

Le pavement en marbre et en mosaïques du XIIe siècle, où alternent figures animales et motifs géométriques, témoigne lui aussi du goût byzantin qui caractérise la décoration.


Sommaire
Athénée des PAGODES - rue de Beyseghem, 141 - 1120 Bruxelles
T : 266.11.50 par E-mail : sec.pagodes@brunette.brucity.be


M. Hamelrijckx Juin 1999 Athénée des Pagodes