Moi aussi, enfant de la ville en vacances à Olloy, j’étais fasciné par le corbillard hippomobile, qui donnait aux funérailles un certain cachet qu'elles ont perdu aujourd'hui.
Jusqu'en 1950, Olloy, comme de nombreuses petites communes, ne disposait pas de corbillard: les cercueils des défunts étaient transportés sur une civière portée à bras d'homme. Cette lacune put être comblée à bon compte, au moment où les grandes villes, qui disposaient de corbillards automobiles, cherchèrent à se débarrasser de leurs corbillards hippomobiles, devenus inutiles et encombrants.

C'est ainsi que le bourgmestre d'Olloy, le 10 octobre 1950, entre en contact avec la ville de Gand. Le Collège de cette ville répond deux jours plus tard au bourgmestre Michel Dubuc en ces termes:
Nous avons l'honneur d'accuser réception de votre honorée du 10 courant.
Notre administration envisage en effet, dans un avenir plus ou moins rapproché, le remplacement du matériel existant par un charroi automobile. Il nous serait donc possible de vous céder un corbillard.
Nous procédons actuellement à la confection de photographies des chars disponibles et à l'estimation de leur valeur. Dès que ces opérations seront terminées, nous vous en transmettrons les résultats.
Dans l'attente, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Bourgmestre, l'assurance de notre considération distinguée.
Faisant suite à notre lettre du 12 courant, en réponse à votre honorée du 10 du même mois, nous avons l'honneur de vous transmettre ci-inclus, les photographies des 2 corbillards disponibles.
Après consultation du service technique, notre collège a fixé les prix suivants:
Char de 1ère classe: 9500 frs.
Ce prix s'entend pour le char complet et comprend notamment:
2 roues de réserve (une grande et une petite)
5 glands, 1 croix et 4 lanternes, le tout en métal blanc
passementeries, suaire pour le cercueil, trousse de siège en drap noir

Char de 2ème classe: 7000 frs.
comprenant: 2 roues de réserve
4 glands, 1 croix et 2 lanternes
passementerie, suaire et trousse de siège
Prise en charge en notre local
Nous croyons devoir ajouter que, de l'avis des carrossiers, la construction d'un nouveau corbillard, comme celui de 1ère classe, dépasserait notablement les 100000 frs et, qu'actuellement, une nouvelle roue coûte, à elle seule, 1500 frs.
Dans l'attente de vos nouvelles, nous vous présentons, Monsieur le Bourgmestre, l'assurance de notre considération la plus distinguée.

(Notre Village, mai 1998, Ó Bernard Nain)