Napoléon Bonaparte

 


V. Légende napoléonienne


" Le 5 mai 1821, au soir, Napoléon s’éteint. L’homme cède dès lors la place au mythe ".

Il est devenu l’emblème de la méritocratie révolutionnaire, le modèle de la volonté de puissance. Mais la légende napoléonienne s’est construite de son vivant. En effet, dès la campagne d’Italie, Napoléon lui-même publie quelques ouvrages qui glorifient ses exploits ‘par exemple, les " Bulletins " de la Grande Armée). Que ce soient des peintres ou de sculpteurs, tout concourt à façonner sa légende.

En France, après sa déchéance, les survivants de la Grande Armée, démobilisés, entretiennent le souvenir de l’Empereur jusque dans les moindres villages. Lors des veillées, les grognards racontent avec passion les victoires, relisent à haute voix les bulletins de la Grande Armée, ressortent les images jaunies des colporteurs, désormais interdites. Inlassablement, ils évoquent " le petit caporal ", si proche de ces soldats. Aussi retrouvent-ils les formules glorieuses, se souviennent-ils des ordres donnés par Napoléon, dix ans après.

Exilé à Sainte-Hélène, Napoléon sait que la vérité ne sera pas les véritables faits mais seulement les dires. Ainsi, deux ans après sa mort, en 1823, Las Cases, celui qui a partagé son exil, publie le Mémorial de Sainte-Hélène, regard rétrospectif de Napoléon sur son œuvre. De ce fait, Napoléon laisse de lui-même une image exemplaire pour la postérité. Très habilement, il efface le souvenir de tyran pour ne transmettre que celui de soldat de la Révolution de 1789. Il rejette la responsabilité des guerres sur les pays qui refusaient de se soumettre à son bon vouloir. Emu par les souffrances et la solitude de ce martyr, le Mémorial de Sainte-Hélène connaît l’un des plus grands succès littéraires du XIXème siècle.

La légende napoléonienne s’inscrit dans un contexte naissant du XIXème siècle qu’est le romantisme. Nous retrouvons dans Le Rouge et le Noir de Stendhal cette génération perdue, marquée par Julien Sorel et à la recherche d’un idéal incorporé par Napoléon. Les âmes romantiques y découvrent l’exaltation, la grandeur, la puissance, le génie, … Evidemment, le Mémorial de Sainte-Hélène ne laisse qu’une l’image d’un héros romantique. Mais Las Cases n’est pas le seul à entretenir cette légende. Des artistes, des chansonniers, des écrivains comme Jean Tulard ou les généraux Montholon et Gourmand publient des chansons ou livres qui glorifient les exploits de cet Empereur déchu (Mémoires pour servir à l’histoire de France) ; d’autres le critiquent pour son despotisme et son impérialisme (Jacques Bainville, Charles Maurras ou Léon Daudet).

Seulement le 15 décembre 1840, la légende s’achèvera par le retour des cendres de Napoléon aux Invalides. Un seul homme saura utiliser cette légende en sa faveur : son neveu, Napoléon III. La famille Bonaparte avait donc l’intelligence et le sens de la propagande dans le sang.


Précédent

Retour vers le sommaire


Athénée des Pagodes Juin 2000 M. Hamelrijckx


Retour vers le sommaire du site de l'Athénée des Pagodes