LA DEMARCHE DE LAYLA NABULSI

1. Wanoulélé : un monologue dramatique.

2. Qui est Layla?

LE PROJET PEDAGOGIQUE

1. Objectif général du projet.

2. Méthode de travail : plan des animations scolaires.

3. Méthode de travail des élèves du LEJ.

LA PRESENTATION AU THEATRE DE L'L

 

 

LA DEMARCHE DE LAYLA NABULSI

1. Le point de départ : un monologue dramatique.

Wanoulélé, que s'est-il passé? c'est d'abord un texte de Layla Nabulsi. Le 7 avril 1994 commence au Rwanda un génocide qui fera un million de morts. Ce drame épouvantable bouleverse Layla. Lorsqu'elle a expliqué sa démarche, elle a écrit notamment :

 

(...) les victimes d'un génocide meurent coupables d'être ce qu'elles sont malgré elles. Personne n'est responsable de faire partie d'une ethnie ou d'une autre, d'avoir la peau d'une couleur ou d'une autre. On naît blanc, noir, juif, arabe, avec les yeux bleus ou les yeux noirs, ronds ou bridés etc.

Leur mort n'est pas provoquée par leurs actes ou par leurs idées. Elles meurent parce qu'elles font partie d'un groupe de gens, désigné arbitrairement comme étant "différents".

(...) Il ne s'agissait pas pour moi du génocide de toute une population, mais du meurtre annoncé de personnes que j'aimais.

Il y avait pour moi des visages et des voix là-bas, pas uniquement une masse grouillante et informe comme décrite et filmée à la télévision.
Quand l'annonce a été faite chez nous du massacre des dix paras commandos et que j'ai vu quelques drapeaux s'aligner aux fenêtres, j'ai été écœurée.

Non que ces dix soldats méritaient la mort, mais ces hommes étaient des soldats, qui plus est paras commandos.

Et pendant que la Belgique saluait ses dix hommes, pas un drapeau, pas une larme, pas un soupçon de révolte pour les centaines de milliers de morts qui jonchaient les collines du Rwanda.

Il y avait là quelque chose de tellement indécent que j'ai décidé d'écrire ce texte et d'essayer ainsi de donner la parole à une femme rwandaise, d'imaginer ce qu'elle avait à dire.

Que raconte cette pièce, mise en scène par Layla elle-même et jouée par Cécilia Kankonda?

Pendant les massacres perpétrés au Rwanda en avril et mai 1994, une femme, cachée dans un abri qu'elle a creusé de ses mains sous sa maison, raconte à sa toute petite enfant comment elle a été acculée à torturer et à tuer son propre mari pour la sauver.

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2. Qui est Layla?

Layla Nabulsi est  née le 9 février 1961 à Tournai.

Après avoir joué et mis en scène, elle consacre aujourd'hui une partie de mon temps à écrire -des pièces de théâtre essentiellement- et ce depuis cinq ans.

Son écriture a quelque chose à voir avec une sorte d'état du monde dans lequel nous vivons, état du monde décrypté par les anonymes, par les êtres qui n'ont pas accès à la parole.

"Debout les Morts" était sa première pièce et elle s'attachait à raconter l'histoire de deux vieilles femmes dans un pays en guerre qui, devant l'impuissance des vivants à la faire cesser, partaient demander conseil et aide aux morts.
"Le cauchemar d'Al Capi", c'est l'histoire de deux chômeurs qui vont au devant du Capital et de tous ceux qui sont, de près ou de loin, engendrés ou manipulés par lui : la Pauvreté, la Charité, le Banquier, etc.
"Parole d'Oubliée" est l'histoire d'une esclave Sri Lankaise dans un pays du Moyen-Orient.

S'il y a un lien entre ces différents textes, c'est celui d' imaginer la parole de ceux qui ne l'ont pas.

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LE PROJET PEDAGOGIQUE

Empathie sans apathie ou "se mettre à la place de l'autre"

1. Objectif général du projet.

Il fallait amener les élèves de 2 ou 3 classes à écrire des monologues, des témoignages fictionnels, à partir de la situation suivante: votre personnage a dû quitter son pays, à savoir un pays du Tiers-monde.

Les élèves devaient être deux ou trois à participer à l'écriture d'une histoire: cela dépendait du nombre d'élèves par classe, pour qu'à la fin, une dizaine de monologues soient écrits.

Tous les deux ou trois ne devaient pas écrire, mais tous devaient nourrir le personnage. Ils choisissaient ensemble le mode rédactionnel: une personne écrivait tout ou chacune prenait un passage à son compte.

Les textes ne devaient pas excéder 4 pages dactylographiées.

Quand les textes seraient écrits, ils seraient échangés entre les deux classes et les porte-parole choisis liraient les textes de l'autre classe face à tous.

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2. Méthode de travail : plan des animations scolaires.

Première étape : s'informer.

Imaginer les raisons qui ont poussé le personnage à quitter son pays: politiques, économiques, guerre. Nous proposons de prendre appui sur l'actualité.

Que les élèves imaginent la façon dont vivait leur personnage dans son pays, qu'ils imaginent ce qui l'a poussé à le quitter.

Pour décrire le pays et le mode de vie du personnage, il faut se documenter, aller à la bibliothèque et/ou à la médiathèque, acheter quelques journaux: partir du réel pour alimenter l'imaginaire.

Peut-être des élèves auront-ils eu l'occasion de voyager dans des pays du tiers-monde ou en sont-ils issus: dans ce cas-là, ils pourront se servir du témoignage de leur famille pour eux-mêmes ou pour un texte écrit par un(e) autre.

Seconde étape : choisir un personnage et imaginer sa vie.

Homme ou femme? De quel âge environ?

Où habitait-il? Dans une maison, un appartement, une case, une chambre, à la ville, à la campagne, à la mer, à la montagne? Quelles couleurs dominaient le paysage? Décrire son environnement.

Avec qui habitait-il? Avec toute sa famille au sens large, avec ses parents et ses frères et soeurs uniquement, avec sa femme, avec sa femme et ses enfants, avec sa vache? Imaginer quelques anecdotes dans ce lieu avec ces gens.

Est-ce qu'il est allé à l'école? Qu'est-ce qu'il aimait le plus dans son pays? Qu'est-ce qui lui était insupportable? Qu'est-ce qu'il faisait là-bas? Quel était son métier ou son occupation principale?

Qu'est-ce qui l'a décidé à partir? Qu'est-ce qui a vraiment été déterminant dans cette prise de décision?

Est-ce qu'il est parti seul? ou avec sa famille ou avec des amis? Qu'est-ce que ça impliquait pour lui de partir? Comment imaginait-il son accueil ici? Connaissait-il quelqu'un ou personne?

Parlait-il une des deux langues nationales? Parlait-il anglais? Comment est-il entré en Belgique? Quelle impression a-t-il eue en arrivant? Où habite-til maintenant? Qu'espère-t-il?

Troisième étape : se servir de ces informations pour raconter l'histoire du personnage à partir d'un événement déterminant.

C'est le choix du point de vue. A quel moment choisit-on de faire démarrer le monologue? Où? A qui s'adresse-t-on?

C'est à partir de ce point de vue que toute l'histoire va se raconter, qu'elle va se construire, c'est lui qui va déterminer le temps dans lequel elle va se développer.

Quatrième étape : la mise en voix.

Une fois les textes fignolés, il faut encore déterminer comment les dire, et apprendre à les dire.

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3. Méthode de travail des élèves du LEJ.

4SBa 2000/2001

1° Le choix du sujet, la documentation de départ.

Vu le sujet, Internet s'est vite imposé comme le média idéal.

D'abord pour trouver les sujets. Les précieuses archives en ligne du journal Le Soir ont permis aux élèves de dresser rapidement une (hélas!) abondante liste de situations d'exodes contraints.
Une fois les sujets choisis et les équipes d'élèves constituées, c'est encore sur Internet qu'ils ont poursuivi des recherches plus approfondies. Il fallait cette fois trouver suffisamment d'information pour comprendre et faire comprendre son sujet. Il fallait même trouver assez de renseignements pratiques (noms de lieux, informations sur le mode de vie,...) pour que le propos augmente sa vraisemblance par l'un ou l'autre détail concret un peu "couleur locale."
Surprise : pour chacun des sujets choisis, les élèves ont trouvé de multiples témoignages personnels, souvent même rédigés ou traduits en français. Leur travail a alors été de les réécrire en accentuant leur caractère narratif et en augmentant leur charge émotionnelle.

La critique des sources.

Elle n'était certes pas inscrite dans les objectifs du projet, mais elle s'est vite imposée. C'est que les élèves n'ont manifesté d'abord aucune curiosité envers l'origine des informations sur lesquelles ils travaillaient. Or la plupart émanaient de sites évidemment partisans, Internet étant devenu l'espace par excellence de la libre contestation.
Nous n'avions bien sûr pas le temps de croiser les sources pour tenter d'obtenir une vision plus objective des situations retenues. Mais il m'a paru important d'attirer l'attention des élèves sur tout ce qui pouvait indiquer le caractère partisan -ou simplement tronqué- de leurs documents et de les sensibiliser ainsi à la problématique de l'objectivité de l'information et à celle de la variété des points de vue.
Le plus bel exemple qui me reste en mémoire, c'est celui du site Tibet.com. Tout contents d'y trouver les informations qu'ils recherchaient, les élèves concernés n'ont même pas vu qu'il s'agissait du site du gouvernement tibétain en exil. Et lorsque, d'ailleurs interpellés par Layla Nabulsi elle-même à ce sujet, ils ont finalement un peu approfondi ce site, qu'ils y ont découvert la condition féminine  et le pouvoir quasi féodal des monastères dans la culture tibétaine traditionnelle, sans pour autant excuser l'annexion chinoise, ils ont commencé à voir les choses autrement.

2° L'écriture collective.

Pour que tous écrivent.

Il m'a semblé important que tous les élèves écrivent. Un texte cohérent, avec une unité de ton, de sensibilité, ne peut guère venir que d'une seule plume. Comment faire?

Chaque élève a donc écrit un premier texte sur le sujet de son groupe. Dans chaque groupe, j'ai choisi le meilleur texte et quelques bons extraits des autres.

Chaque élève a alors réécrit ce texte en y intégrant les bons extraits des autres, et en y introduisant toute une série d'effets poétiques ou rhétoriques étudiés au premier semestre : travail sur les sonorités, effets de réitérations, redondances expressives, prosopopées, etc.
Les textes ont aussi beaucoup évolué selon les conseils prodigués par Layla Nabulsi et Michèle Braconnier lors des séances d'animation.

Dans chaque groupe, j'ai une nouvelle fois sélectionné le meilleur texte, qui a fait l'objet d'un dernier toilettage lors d'une lecture en classe.

Discours "correct" ou discours vraisemblable?

En tant que professeur de français, le projet m'a placé devant un dilemme.
D'une part, les élèves devaient endosser de manière vraisemblable le destin d'un étranger souvent non francophone, peu scolarisé, qui tient un discours oral, non préparé, hautement expressif, dans un état d'esprit  forcément perturbé par l'émotion .
D'autre part, il n'était pas question que je laisse passer leurs fautes sans les signaler.

Alors, jusqu'où corriger les élèves? Jusqu'où les encourager à adopter une langue un peu soutenue, à soigner leur vocabulaire, l'emploi des temps, etc?
J'ai choisi une solution intermédiaire, et j'ai profité de l'occasion pour les sensibiliser aux niveaux de langue.Comme il serait fastidieux d'entrer ici dans les détails, tenons-nous en à un exemple:

On était entassés.

Nous avons maintenu l'accord selon le sens, parce que la langue parlée réelle l'impose et qu'il s'agissait d'être vraisemblable. Mais nous nous sommes attardés sur toutes les équivoques que peut produire un discours qui combine maladroitement le on et le nous. Bref, tout n'a pas été corrigé : certaines parties de textes comportent d'ailleurs des éléments littéraires (emploi du passé simple, par exemple) qui, à la relecture, paraissent les déforcer.

Pour l'orthographe, par contre, j'ai cédé à l'impératif de la médiatisation sur Internet contre la vraisemblance, en jouant sur un scénario où ce que disent les personnages est retranscrit par quelqu'un qui les écoute. J'aurais pu sensibiliser les élèves à leurs fautes sans corriger les textes, mais dans le cadre d'une édition scolaire sur Internet, quel aurait été l'impact des fautes sur l'image de l'école, voire sur celle des élèves eux-mêmes, dont les photos figurent en regard des textes?
Et cette problématique n'a pas été le dernier intérêt du projet.

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LA PRESENTATION AU THEATRE DE L'L

15 mai 2000

 

 

Quelques images d'un excellent souvenir.


La préparation des élèves à cette présentation publique, c'était l'affaire de Layla et de son équipe.

 

Mes élèves étant assez jeunes, beaucoup éprouvant naturellement de grosses difficultés à s'exprimer en public, je reste étonné de l'excellent résultat que l'équipe de L'L a pu en tirer.

 

 

 

LE SITE DU THEATRE DE L'L


http://www.llasbl.be/

 

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Michel Boumal

mars 2001