LA DEMARCHE DE LAYLA NABULSI
LE PROJET PEDAGOGIQUE
| 1. Objectif général du projet. | |
| 2. Méthode de travail : plan des animations scolaires. | |
| 3. Méthode de travail des élèves du LEJ. |
LA PRESENTATION AU THEATRE DE L'L
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LA DEMARCHE DE LAYLA NABULSI 1. Le point de départ : un monologue dramatique. Wanoulélé, que s'est-il passé? c'est d'abord un texte de Layla Nabulsi. Le 7 avril 1994 commence au Rwanda un génocide qui fera un million de morts. Ce drame épouvantable bouleverse Layla. Lorsqu'elle a expliqué sa démarche, elle a écrit notamment :
Que raconte cette pièce, mise en scène par Layla elle-même et jouée par Cécilia Kankonda? Pendant les massacres perpétrés au Rwanda en avril et mai 1994, une femme, cachée dans un abri qu'elle a creusé de ses mains sous sa maison, raconte à sa toute petite enfant comment elle a été acculée à torturer et à tuer son propre mari pour la sauver.
2. Qui est Layla?
Layla Nabulsi est née le 9 février 1961 à Tournai. Après avoir joué et mis en scène, elle consacre aujourd'hui une partie de mon temps à écrire -des pièces de théâtre essentiellement- et ce depuis cinq ans. Son écriture a quelque chose à voir avec une sorte d'état du monde dans lequel nous vivons, état du monde décrypté par les anonymes, par les êtres qui n'ont pas accès à la parole. "Debout les Morts" était sa première pièce et elle
s'attachait à raconter l'histoire de deux vieilles femmes dans un pays en guerre qui,
devant l'impuissance des vivants à la faire cesser, partaient demander conseil et aide
aux morts. S'il y a un lien entre ces différents textes, c'est celui d' imaginer la parole de ceux qui ne l'ont pas.
LE PROJET PEDAGOGIQUE Empathie sans apathie ou "se mettre à la place de l'autre" 1. Objectif général du projet. Il fallait amener les élèves de 2 ou 3 classes à écrire des monologues, des témoignages fictionnels, à partir de la situation suivante: votre personnage a dû quitter son pays, à savoir un pays du Tiers-monde. Les élèves devaient être deux ou trois à participer à l'écriture d'une histoire: cela dépendait du nombre d'élèves par classe, pour qu'à la fin, une dizaine de monologues soient écrits. Tous les deux ou trois ne devaient pas écrire, mais tous devaient nourrir le personnage. Ils choisissaient ensemble le mode rédactionnel: une personne écrivait tout ou chacune prenait un passage à son compte. Les textes ne devaient pas excéder 4 pages dactylographiées. Quand les textes seraient écrits, ils seraient échangés entre les deux classes et les porte-parole choisis liraient les textes de l'autre classe face à tous.
2. Méthode de travail : plan des animations scolaires. Première étape : s'informer. Imaginer les raisons qui ont poussé le personnage à quitter son pays: politiques, économiques, guerre. Nous proposons de prendre appui sur l'actualité. Que les élèves imaginent la façon dont vivait leur personnage dans son pays, qu'ils imaginent ce qui l'a poussé à le quitter. Pour décrire le pays et le mode de vie du personnage, il faut se documenter, aller à la bibliothèque et/ou à la médiathèque, acheter quelques journaux: partir du réel pour alimenter l'imaginaire. Peut-être des élèves auront-ils eu l'occasion de voyager dans des pays du tiers-monde ou en sont-ils issus: dans ce cas-là, ils pourront se servir du témoignage de leur famille pour eux-mêmes ou pour un texte écrit par un(e) autre. Seconde étape : choisir un personnage et imaginer sa vie. Homme ou femme? De quel âge environ? Où habitait-il? Dans une maison, un appartement, une case, une chambre, à la ville, à la campagne, à la mer, à la montagne? Quelles couleurs dominaient le paysage? Décrire son environnement. Avec qui habitait-il? Avec toute sa famille au sens large, avec ses parents et ses frères et soeurs uniquement, avec sa femme, avec sa femme et ses enfants, avec sa vache? Imaginer quelques anecdotes dans ce lieu avec ces gens. Est-ce qu'il est allé à l'école? Qu'est-ce qu'il aimait le plus dans son pays? Qu'est-ce qui lui était insupportable? Qu'est-ce qu'il faisait là-bas? Quel était son métier ou son occupation principale? Qu'est-ce qui l'a décidé à partir? Qu'est-ce qui a vraiment été déterminant dans cette prise de décision? Est-ce qu'il est parti seul? ou avec sa famille ou avec des amis? Qu'est-ce que ça impliquait pour lui de partir? Comment imaginait-il son accueil ici? Connaissait-il quelqu'un ou personne? Parlait-il une des deux langues nationales? Parlait-il anglais? Comment est-il entré en Belgique? Quelle impression a-t-il eue en arrivant? Où habite-til maintenant? Qu'espère-t-il? Troisième étape : se servir de ces informations pour raconter l'histoire du personnage à partir d'un événement déterminant. C'est le choix du point de vue. A quel moment choisit-on de faire démarrer le monologue? Où? A qui s'adresse-t-on? C'est à partir de ce point de vue que toute l'histoire va se raconter, qu'elle va se construire, c'est lui qui va déterminer le temps dans lequel elle va se développer. Quatrième étape : la mise en voix. Une fois les textes fignolés, il faut encore déterminer comment les dire, et apprendre à les dire.
3. Méthode de travail des élèves du LEJ. 4SBa 2000/2001 1° Le choix du sujet, la documentation de départ. Vu le sujet, Internet s'est vite imposé comme le média idéal. D'abord pour trouver les sujets. Les précieuses archives en ligne du
journal Le Soir ont permis aux élèves de dresser rapidement une (hélas!)
abondante liste de situations d'exodes contraints. La critique des sources. Elle n'était certes pas inscrite dans les objectifs du projet, mais elle
s'est vite imposée. C'est que les élèves n'ont manifesté d'abord aucune curiosité
envers l'origine des informations sur lesquelles ils travaillaient. Or la plupart
émanaient de sites évidemment partisans, Internet étant devenu l'espace par excellence
de la libre contestation. 2° L'écriture collective. Pour que tous écrivent. Il m'a semblé important que tous les élèves écrivent. Un texte cohérent, avec une unité de ton, de sensibilité, ne peut guère venir que d'une seule plume. Comment faire? Chaque élève a donc écrit un premier texte sur le sujet de son groupe. Dans chaque groupe, j'ai choisi le meilleur texte et quelques bons extraits des autres. Chaque élève a alors réécrit ce texte en y intégrant les bons extraits des autres,
et en y introduisant toute une série d'effets poétiques ou rhétoriques étudiés au
premier semestre : travail sur les sonorités, effets de réitérations, redondances
expressives, prosopopées, etc. Dans chaque groupe, j'ai une nouvelle fois sélectionné le meilleur texte, qui a fait l'objet d'un dernier toilettage lors d'une lecture en classe. Discours "correct" ou discours vraisemblable? En tant que professeur de français, le projet m'a placé devant un dilemme. Alors, jusqu'où corriger les élèves? Jusqu'où les encourager à adopter une langue
un peu soutenue, à soigner leur vocabulaire, l'emploi des temps, etc? On était entassés. Nous avons maintenu l'accord selon le sens, parce que la langue parlée réelle l'impose et qu'il s'agissait d'être vraisemblable. Mais nous nous sommes attardés sur toutes les équivoques que peut produire un discours qui combine maladroitement le on et le nous. Bref, tout n'a pas été corrigé : certaines parties de textes comportent d'ailleurs des éléments littéraires (emploi du passé simple, par exemple) qui, à la relecture, paraissent les déforcer. Pour l'orthographe, par contre, j'ai cédé à l'impératif de la médiatisation sur
Internet contre la vraisemblance, en jouant sur un scénario où ce que disent les
personnages est retranscrit par quelqu'un qui les écoute. J'aurais pu sensibiliser les
élèves à leurs fautes sans corriger les textes, mais dans le cadre d'une édition
scolaire sur Internet, quel aurait été l'impact des fautes sur l'image de l'école,
voire sur celle des élèves eux-mêmes, dont les photos figurent en regard des textes?
LA PRESENTATION AU THEATRE DE L'L 15 mai 2000
Michel Boumal mars 2001 |