Un
tournoi
d’après le «
Roman de Flamenca » rédigé vers 1250
Sire
Archambaud décida d’organiser un tournoi après Pâques.
Il envoya partout des messagers pour annoncer la nouvelle. De Bordeaux
jusqu’en Allemagne et des Flandres jusqu’en Espagne, tous
les seigneurs et chevaliers furent invités à prendre part
au tournoi.
Au quinzième jour après Pâques, la foule campa tout
autour de cabanes et de tentes qui avaient été dressées
pour l’occasion. Des marchands étaient venus de loin pour
vendre leurs nombreuses marchandises.
Du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest, les chevaliers
arrivaient. Flamands, Bourguignons, Normands, Bretons,...
Je ne puis en faire la liste complète, mais je vous dis bien
que leur nombre dépassait un millier.
A l’une des portes de la ville, devant les prés, on dressa
une grande tribune pour recevoir les dames et les grands seigneurs.
Le jour du tournoi arriva enfin. Au matin, on entendit les trompettes,
les cors, les cymbales, les tambours et les flûtes de tous ceux
qui étaient chargés de sonner l’appel des tournois.
De toutes parts, les appels et les cris s’élevèrent
car la foule était nombreuse.
Le premier combat opposa le comte de Louvain, qu’on appelait Gontaricc,
au comte Alphonse de Toulouse.
Tous deux étaient bons chevaliers. Ils se donnèrent de
si grands coups sur leurs écus qu’ils les brisèrent.
Ils tombèrent à terre tous deux ensemble. Durant toute
la journée on assista à de nombreux autres combats.
Les chevaliers se poussaient, se frappaient, se renversaient. Les lances
se brisaient, les arçons se fendaient. Les épées
se heurtaient aux heaumes qui se bosselaient. Jamais on ne vit un pareil
spectacle. Chacun frappait le plus qu'il pouvait. Chacun voulait prouver
qu'il était courageux. Guillaume de Nevers se battit si bien
qu'il gagna seize chevaux de Castille. Parmi les chevaliers qui combattirent
citons: Geoffroi de Blaye qui ne chevauchait jamais à jeun, Arnaud
de Bouville qui ne voulait jamais manger d'anguille et Hugues de Lisignan.
Tous les autres étaient nobles, riches et fort puissants.